Mon idéal – Jésus Fils de Marie

Sommaire

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    MARIA DUCE !
    MON IDÉAL
    JÉSUS FILS DE MARIE
    « Je vous ai donné l’exemple, pour que vous fassiez comme j’ai fait »

    D’APRÈS L’ESPRIT DU P. CHAMINADE PAR
    E. NEUBERT
    MARIANISTE

    LIVRE PREMIER : L’IDÉAL

    CHAPITRE I : « JE VOUS AI DONNE L’EXEMPLE… »

    JÉSUS :
    Mon frère, tu aimes ma bienheureuse Mère et tu es heureux de l’aimer. Mais tu es loin de l’aimer comme je voudrais que tu l’aimes.
    Tu l’aimes parce qu’on aime ce qui est pur et beau, et qu’elle est la pureté et la beauté idéales.
    Tu l’aimes parce qu’on aime ceux qui sont bons et secourables, et que nul n’est bon et secourable comme elle.
    Tu l’aimes parce que tu la regardes comme une Mère, et que tout enfant aime sa mère.
    Tu l’aimes pour avoir éprouvé son amour, et constaté qu’avec elle tu réussis plus facilement à demeurer pur et fervent.
    Tu l’aimes pour avoir appris des livres et des prédicateurs que la dévotion envers elle est le moyen le plus aisé d’assurer ton salut et d’atteindre à la perfection ; or tu veux te sauver et te sanctifier.
    2. – Tous ces motifs d’amour sont bons, mais il en est un bien plus excellent. Ils peuvent fonder une dévotion tendre envers ma Mère ; ils ne fondent pas la dévotion que je désire te voir pratiquer.
    La dévotion envers ma Mère est quelque chose de si grand, de si bienfaisant, de si agréable à ma Mère et à moi, que tu ne peux te contenter du médiocre, ni de l’assez bon, ni même du très bon : il te faut le plus parfait.
    3. – Sais-tu quelle est la dévotion à Marie la plus parfaite ?
    Cherche dans les livres, consulte les théologiens, interroge les saints, demande leur secret aux plus grands serviteurs de Marie que la terre ait jamais produits : tu ne trouveras nulle part une dévotion plus parfaite que celle que je vais t’apprendre : à savoir la participation à ma propre piété filiale envers ma Mère.
    La perfection pour mes disciples ne consiste-t-elle pas à être comme leur Maître ? Ne leur ai-je pas donné l’exemple pour qu’ils fassent comme j’ai fait moi-même ? Mon apôtre Paul ne leur a-t-il pas répété que tout, pour eux, consiste à imiter le Christ, à se revêtir du Christ, à prendre les dispositions du Christ, à vivre, non plus de leur vie, mais de la vie du Christ ?
    Dis-moi, peux-tu concevoir, à l’égard de ma Mère, des dispositions plus parfaites que les miennes ?

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, participer à votre piété filiale envers votre Mère, quelle perspective infiniment ravissante ! Mais, pauvre pêcheur, comment pourrais-je réaliser un tel idéal ? Comment pourrais-je même le comprendre ?

    CHAPITRE II : JE SUIS FILS DE MARIE PARCE QUE JE L’AI VOULU

    JÉSUS :
    Mon frère, pour comprendre ma piété filiale envers ma Mère, comprends d’abord que, si je suis Fils de Marie, c’est que j’ai voulu l’être.
    Je n’ai rien fait par contrainte, ni par hasard, ni sans dessein.
    Quand je décidai d’aller réparer la gloire de mon Père et sauver l’humanité, une infinité de voies s’ouvraient devant moi : à toutes les autres, j’ai préféré la voie de Marie.
    C’est librement et délibérément que j’ai créé Marie pour qu’elle fût ma Mère, car elle n’eût pas vu l’existence si je n’avais voulu lui confier cet office ; c’est librement et délibérément que je l’ai faite telle qu’elle est, pour qu’ensuite elle me fît tel que je suis.
    Je suis son Enfant en toute vérité, et comme tout autre enfant, j’ai voulu être formé de la substance de ma Mère, j’ai voulu être nourri de son lait, j’ai voulu être soigné et élevé par elle, j’ai voulu lui être soumis.
    Je suis son Enfant bien plus que tu n’es l’enfant de ta mère, car c’est d’elle seule que j’ai voulu tenir toute mon humanité.
    Je suis son Enfant tout entier, Dieu et homme, parce que celui à qui elle a donné naissance ne forme qu’une seule et même personne.
    2. – Or, sache que, si j’ai voulu être son Enfant, c’est par amour que je l’ai voulu. Par amour pour mon Père d’abord, que je pourrais mieux glorifier, et que les hommes comprendraient et aimeraient mieux grâce à elle. Puis, par amour pour ma Mère, qui allait me donner plus de joie que tous les anges et tous les hommes réunis. Et puis aussi, par amour pour les hommes,… par amour pour toi, mon frère bien-aimé.

    CHAPITRE III : CONTEMPLE ET ADMIRE

    JÉSUS :
    Contemple maintenant ce que mon amour filial m’a inspiré pour ma Mère. De toute éternité, je pense à elle et l’aime, car de toute éternité, je vois en elle ma future Mère.
    Je pense à elle en créant les cieux avec les anges ; je pense à elle en façonnant la terre et les hommes.
    Je pense à elle en prononçant ma sentence contre tes premiers parents ; je pense à elle en me révélant aux patriarches et aux prophètes.
    2. – Par amour pour elle, je la comble de privilèges dont chacun dépasse ce que j’ai fait de plus grand pour toutes les autres créatures, et en sa faveur, je suspends les lois qui atteignent tous les autres hommes. Elle, et elle seule, je la rends immaculée dans sa conception, libre de toute concupiscence, exempte de toute imperfection, pleine de grâce plus que tous les anges et tous les saints, Mère de Dieu et toujours Vierge, glorifiée dans son corps, comme moi-même, dès avant la résurrection générale.
    3. – Venu sur terre pour racheter le genre humain, je donne trente ans de ma vie à Marie seule, et trois ans au reste de l’humanité.
    4. – Et je ne me contente pas de la faire participer à mes privilèges et à mon intimité : j’ai voulu qu’elle eût part à la mission même que le Père m’avait confiée. Rédempteur, j’ai décidé qu’elle fût Corédemptrice avec moi, et que tout ce que je méritais en stricte justice pour le salut du monde, elle le méritât par une suprême convenance.
    5. – Et j’ai voulu qu’au ciel même elle me soit associée ; comme je suis avocat auprès du Père, qu’elle soit avocate auprès de moi, pour distribuer aux hommes toutes les grâces qu’avec moi elle a contribué à leur gagner. Car au ciel, de même que sur terre, je suis son Fils, et je suis infiniment heureux de la récompenser par ma libéralité de ce qu’elle a jadis fait et souffert par amour pour moi.
    6. – Écoute encore : je vis dans l’Église, mon corps mystique, dirigé par mon Esprit. Ce que mon Église fait, c’est moi qui le fais : ce que l’Église fait pour ma Mère, c’est moi qui le fais pour elle. Songe à tout ce que l’Église lui a témoigné de vénération et d’amour : par la défense et la proclamation de ses privilèges ; par l’institution des fêtes et des dévotions en son honneur ; par l’approbation des confréries et des sociétés religieuses destinées à la servir. Contemple la piété de ses enfants de ses saints, tous si dévots à ma Mère des âmes ferventes, de plus en plus portées à l’entourer d’un culte tout spécial ; des simples fidèles eux-mêmes, si jaloux de l’honneur de Marie, si perspicaces – parfois plus même que les savants —à reconnaître ses privilèges, si enthousiastes dès qu’il s’agit de lui témoigner quelque marque d’affection particulière. Qu’est-ce que tout cela sinon une manifestation grandiose et cependant bien faible encore de mon incomparable piété filiale envers ma Mère ?
    Et à ce que l’Église militante a fait et fera pour Marie jusqu’à la fin des temps, joins ce que l’Église triomphante fait pour elle pendant toute l’éternité ; car je vis dans les saints du ciel bien plus encore que dans les fidèles de la terre. Conçois les sentiments de reconnaissance, de respect et d’amour que les bienheureux témoignent sans interruption à leur Reine et Mère, à laquelle ils sont redevables de leur éternelle félicité. En eux et par eux, c’est toujours moi qui honore et qui aime ma Mère.
    7. – Passe en revue ces preuves de ma piété filiale ; sonde-les, creuse-les, comprends ce que tu peux en comprendre et rends-toi compte que ce que tu ne peux comprendre dépasse infiniment ce que tu en comprendras jamais… et puis, dis-toi que c’est à cette infinie piété filiale que je veux t’associer…

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, quelles merveilles ! Mais comment reproduire une telle piété filiale?

    CHAPITRE IV : MA MÈRE, TA MÈRE

    JÉSUS :
    Mon frère, tu ne peux vraiment reproduire ma piété filiale envers Marie que si tu es, comme moi, son enfant. Sais-tu à quel point tu es enfant de Marie ?
    Tous les fidèles croient le savoir, car tous appellent Marie leur Mère. Et cependant la plupart n’ont qu’une idée bien imparfaite de sa maternité à leur égard.
    Plusieurs aiment Marie comme si elle était leur Mère. Que te répondrait celle qui t’a enfanté si tu lui disais : « Je vous aime comme si vous étiez ma mère » ?
    Beaucoup pensent que Marie est leur Mère uniquement en vertu de la parole que je prononçai avant d’expirer quand, voyant au pied de ma croix ma Mère et près d’elle mon disciple bien-aimé, je dis à Marie : « Femme, voilà ton fils » ; et à Jean : « Voilà ta Mère. » Ma parole eût bien pu confier à Marie une mission maternelle et créer en elle des dispositions semblables à celles d’une mère ; cependant, si sa maternité n’eût dépendu que de cette parole, elle n’eût été qu’une maternité adoptive. Or comprends que Marie est ta vraie Mère dans l’ordre surnaturel, tout comme celle qui t’a mis au monde est ta vraie mère dans l’ordre de la nature
    2. – La mère, c’est la femme qui donne la vie. Marie t’a donné la vie, la vie par excellence
    Elle te l’a donnée à Nazareth, au Calvaire, et dans ton baptême.
    A Nazareth, elle t’a conçu en me concevant.
    Elle savait qu’en répondant à Gabriel « oui » ou « non », elle te donnerait la vie ou te laisserait dans la mort. Elle a dit « oui » pour que tu vives. En consentant à me donner la vie, elle consentait à te la donner aussi. En devenant ma Mère, elle devenait la tienne. Dès cette heure, dans les desseins de Dieu et dans ses desseins – car elle entrevoyait les desseins de Dieu et elle y adhérait de toute son âme – tu faisais partie de mon corps mystique. J’en étais la tête, tu en étais un membre. Ensemble, quoique d’une autre façon, Marie nous portait tous deux dans son sein maternel, car les membres et la tête ne sont pas séparés.
    3. – Sur le Calvaire, elle t’a enfanté en m’offrant en sacrifice pour toi.
    Ta libération du péché et de la mort n’a été consommée que sur le Golgotha. C’est là que j’achevai « la destruction de celui qui détenait l’empire de la mort », et te méritai, par ma mort, la grâce de vivre de ma vie. Or, c’est en union avec Marie que j’accomplis cette œuvre. Elle m’avait conçu comme victime ; elle m’avait nourri et élevé en vue du sacrifice ; et au moment suprême, elle m’offrit au Père pour ton salut, renonçant, en ta faveur, à ses droits maternels sur moi. Et celle qui, toujours vierge, ne connut que la joie dans la naissance de son Premier-Né, t’enfanta, toi et tes frères, dans la douleur la plus angoissante.
    4. – A ce moment se consommait sa maternité à ton égard. Et c’est pour cela qu’à ce moment je voulus proclamer cette maternité en confiant Marie à Jean et Jean à Marie. Ma parole ne créait pas cette maternité, mais elle l’attestait, la confirmait et l’achevait à l’heure la plus solennelle de ma vie, à l’heure où ma Mère, devenue pleinement ta Mère, était le mieux à même de comprendre sa mission maternelle.
    5. – A ton baptême, Marie te donne la vie, non plus seulement en droit, comme sur le Calvaire, mais en fait. Ta mère naturelle n’a mis au monde qu’un enfant mort-né. Pour que tu arrives à la vie, il faut que la grâce sanctifiante te soit infusée dans les fonts baptismaux.
    Cette grâce sanctifiante, c’est Marie qui te l’a obtenue, elle sans qui nulle grâce n’est jamais donnée. Quand, d’enfant de colère, tu devins enfant de Dieu, c’est Marie qui t’enfantait à la vie divine.
    6. – Comprends-tu maintenant comment, en te rendant participant de la vie de Dieu, Marie est vraiment ta Mère dans l’ordre surnaturel, de même que celle qui t’a donné la vie humaine est vraiment ta mère dans l’ordre naturel ?
    Elle l’est même bien plus.
    Elle l’est bien plus par la manière dont elle te donne la vie.
    Pour t’enfanter, elle a donné incomparablement plus que ta mère terrestre : d’inénarrables souffrances et la vie de Celui qui lui était infiniment plus cher que sa propre vie.
    Elle continue, pendant tout le cours de ton existence, à s’occuper de toi, alors que les mères terrestres ne prennent soin de leurs enfants que jusqu’à l’âge adulte. Toujours tu seras son « petit enfant, qu’elle enfante de nouveau jusqu’à ce que le Christ soit formé en toi. » Et si, par malheur, tu perdais ta vie surnaturelle, tout au contraire des mères terrestres qui pleurent, impuissantes, sur le cadavre de leur enfant, elle pourrait te ramener à la vie chaque fois que tu en serais privé.
    Elle t’aime, toi, tout imparfait et ingrat que tu es, d’un amour qui dépasse en intensité et en pureté l’amour de toutes les mères pour leurs enfants.
    7. – Elle l’est bien plus surtout par la nature de la vie qu’elle t’a donnée.
    Elle t’a donné, non une vie éphémère comme ta vie terrestre, mais une vie sans fin ; non une vie mêlée d’imperfections et d’angoisses à la manière de la vie présente, mais une vie incomparablement heureuse ; non une vie créée, humaine ou angélique, mais – comprends-le bien – une participation à la vie incréée, à la vie même de Dieu, à la vie de la Très Sainte Trinité. Et c’est pour cela que cette vie sera sans fin et incomparablement heureuse, parce qu’elle participe à l’éternité et à la béatitude de Dieu. Quelle maternité humaine pourrait entrer en comparaison avec une telle maternité ?
    Or Marie est ta vraie Mère, et une Mère si parfaite, parce qu’elle est ma Mère.
    Et tu es mon frère, mon frère infiniment cher, parce que mon Père est ton Père et ma Mère est ta Mère…

    LE FIDÈLE :
    Non, Jésus, je ne savais pas à quel point Marie était ma Mère. Comme vous venez de la rapprocher de moi ! Merci, Jésus, de ce don des dons !

    CHAPITRE V : TU AIMES MARIE, NON, CE N’EST PLUS TOI QUI L’AIMES, C’EST MOI QUI L’AIME EN TOI

    JÉSUS :
    Mon frère, puisque ma vie est ta vie, et ma Mère, ta Mère, il t’est facile d’imiter ma piété filiale envers elle.
    Mais tu ne dois pas m’imiter seulement comme un disciple imite son maître, ou comme un chrétien sur terre imite son patron céleste. Je suis plus qu’un Modèle qui pose devant toi : je suis pour toi un principe intérieur de vie.
    2. – Tu vis par moi. Mes dispositions doivent devenir tes dispositions.
    Je suis le cep de la vigne, tu en es une branche : la même sève circule dans le cep et dans les branches.
    Je suis la tête, tu es un membre de mon corps mystique : le même sang coule dans la tête et dans les membres.
    Quand tu es pur, c’est moi qui suis pur en toi ; quand tu es patient, c’est moi qui suis patient en toi ; quand tu pratiques la charité, c’est moi qui pratique la charité en toi ; tu vis, ce n’est plus toi qui vis, c’est moi qui vis en toi : tu aimes ma Mère, non, ce n’est plus toi qui l’aimes, c’est moi qui l’aime en toi.
    Comprends-tu maintenant pourquoi tu es si heureux d’aimer Marie ? C’est moi qui, en toi, suis heureux de l’aimer.
    3. – Tu participes à ma vie ; mais ma vie est loin d’être parfaite en toi. Si elle l’était, en toutes choses, tu penserais, tu sentirais, tu voudrais, tu agirais comme moi.
    Trop d’obstacles me gênent dans le libre déploiement de mon activité dans ton âme. Trop souvent je ne vis en elle que comme un prisonnier vit dans sa cellule.
    Il faut que tu écartes ces obstacles ; il faut que tu arrives, par des efforts généreux, à penser mes pensées, à vouloir mes volontés. Il faut que tu complètes ce qui manque à ma vie en toi.
    Tu participes à ma piété filiale envers ma Mère ; mais ma piété filiale envers elle est loin d’être parfaite en toi.
    Il faut que tu écartes les obstacles, il faut que tu arrives, par des efforts généreux, à prendre à l’égard de ma Mère mes pensées, mes sentiments, mes volontés, mon activité.
    Il faut que tu complètes ce qui, en toi, manque à ma piété filiale envers ma Mère.
    4. – Commences-tu à entrevoir ce que j’essaye de te révéler par rapport à ta dévotion envers Marie ?
    Il s’agit pour toi d’aimer ma Mère parce que moi, je l’aime ; il s’agit de l’aimer de la manière dont je l’aime ; il s’agit de l’aimer de l’amour même dont je l’aime…

    LE FIDÈLE :
    0 Jesu dulcis, o Jesu pie, 0 Jesu fili Mariae !

    LIVRE DEUXIÈME : LES EXIGENCES DE L’IDÉAL

    JÉSUS :
    Mon frère, je t’ai montré l’idéal ; je vais à présent t’en montrer les exigences.
    Tu m’as suivi jusqu’ici avec joie. Suis-moi désormais, avec joie toujours, mais surtout avec amour et générosité.
    Il ne s’agit plus seulement de contempler et d’admirer ton Modèle ; il s’agit d’en reproduire les traits.
    Je vais te les indiquer un à un. Mais tu ne les reproduiras que bien imparfaitement, à moins de savoir te renoncer et aimer.

    CHAPITRE I : COMME, MOI, DONNE-TOI A MA MERE SANS RESERVE

    JÉSUS :
    Mon frère, en devenant Fils de Marie, je me suis donné tout entier à elle.
    Créateur et souverain Maître de toutes choses, j’ai voulu, par amour, appartenir à Marie et dépendre d’elle ; j’ai voulu lui appartenir par les liens les plus intimes qui soient, les liens fondés sur la nature même et que rien ne peut dissoudre.
    De toute éternité, j’ai choisi cette appartenance et dépendance filiale, et, dès le premier instant de mon incarnation dans le sein de Marie, j’ai ratifié par ma volonté humaine ce décret de mon éternel amour et m’y suis complu d’une complaisance ineffable
    Fils d’une Vierge, j’appartenais à ma Mère comme nul enfant n’appartient à la sienne ; et comme nul enfant ne peut le faire, j’ai voulu perpétuer cet état de totale dépendance.
    Je ne quittai pas ma Mère à la manière des fils qui vont fonder une famille ; je restai près d’elle jusqu’au moment fixé pour l’accomplissement de ma mission publique, et, parce que ma Mère n’eut jamais d’autre volonté que celle de mon Père, alors encore et jusque dans le sacrifice suprême, je restai en conformité parfaite de volonté avec la sienne.
    Bien plus : au ciel même je me souviens et me souviendrai toujours que je suis son Fils; et, bien que ce soit moi qui y règne et commande, à tout jamais j’y déférerai, avec un parfait amour filial, à tous ses désirs maternels.
    2. – A mon exemple, donne-toi à ma Mère tout entier, sans réserve et à tout jamais, en qualité d’enfant bien-aimé. Donne-lui ton corps avec toutes ses activités, ton âme avec toutes ses puissances.
    Donne-lui tous tes biens matériels et spirituels, naturels et surnaturels. Donne-lui tout ce que tu es et seras, tout ce que tu as et auras, tout ce que tu fais et feras. Qu’il n’y ait plus ni en toi ni hors de toi rien qui ne soit à elle.
    3. – Ne te contente pas de te donner pour devenir la chose de Marie ; elle veut se servir de toi, non comme d’un objet inerte, mais comme d’un fils bien-aimé qui assiste sa Mère. Car, – elle te le révélera plus tard – je lui ai confié une grande mission dans le monde, et pour de cette mission, elle veut avoir besoin de toi.
    4. – Donne-toi sans idée de retour.
    Non par intérêt, non pour recevoir davantage, non à cause de la consolation que tu éprouves en donnant, mais par pur amour filial, comme je me suis donné moi-même.
    Tu auras des consolations, mais tu rencontreras aussi des épreuves : ne songe ni aux unes ni aux autres, ta Mère en prendra soin. Pour toi, ne songe qu’à te donner tout entier et par amour.
    5. – Donne-toi à tout jamais.
    Ils sont nombreux ceux qui, dans un moment de ferveur, ont professé de tout donner à ma Mère ; mais ils sont presque aussi nombreux ceux qui, après avoir tout donné en général, ont tout repris en détail.
    Dans les heures d’épreuves, quand leur donation totale exigeait des sacrifices, ils ont dit : « Cette parole est dure ; qui peut l’entendre ? » et ils n’ont plus voulu marcher dans la voie de leur entière consécration.
    Feras-tu comme eux ? Il faut être héroïque parfois pour vivre sa totale appartenance à Marie, car il faut, avec ma Mère, marcher jusqu’au sommet du Calvaire. Te sens-tu capable de cet héroïsme ?
    6. – Prends l’habitude de renouveler fréquemment ta consécration à ta Mère céleste.
    Renouvelle-la à ton réveil, pour que ta journée entière appartienne à ta Mère.
    Renouvelle-la quand tu me reçois dans la Sainte Communion. En ce moment, ne faisant plus qu’un avec moi, redonne-toi à ma Mère comme son enfant bien-aimé.
    Renouvelle-la à trois heures de l’après-midi, en mémoire de l’heure solennelle où, en me sacrifiant, Marie te mit au monde et m’entendit proclamer : « Femme, voilà ton fils.»
    Renouvelle-la avant tes actions principales, pour te ressouvenir que ce n’est pas pour toi que tu dois agir, mais uniquement pour elle.
    Renouvelle-la tout particulièrement dans les épreuves de ta vie. Dis alors : « 0 Mère, quand, dans l’enthousiasme de mon amour filial, je me donnai tout à vous, je ne prévoyais pas ce sacrifice. Mais j’entendais me donner tout entier, et je ne veux pas rétracter ma donation. Tout ce que vous voulez, parce que vous le voulez, quoi qu’il m’en coûte ! »
    7. – Veux-tu devenir assez généreux pour toujours vivre pleinement ta donation, ne t’arrête pas à regarder le sacrifice : regarde-moi et regarde ta Mère. L’amour te stimulera et la grâce te soutiendra.
    Et si tu sens ton courage faiblir, prie. Ta Mère ne secourrait-elle pas son enfant qui l’invoque pour lui rester fidèle ? Ton Frère aine ne te donnerait-il pas la force de marcher vers l’idéal auquel lui-même t’a appelé ?

    LE FIDÈLE :
    Je suis tout à vous, ô ma Mère, et tout ce qui m’appartient vous appartient.

    CHAPITRE II : COMME MOI, AIME MA MERE

    POURQUOI

    JÉSUS :
    Mon frère, c’est l’amour qui m’a fait Fils de Marie. Tout, dans mes relations avec ma Mère, s’explique par l’amour. Veux-tu comprendre ma piété filiale envers elle, comprends avant tout mon amour pour elle.
    Oh, que je désire faire passer dans ton cœur un peu de l’amour pour ma Mère qui brûle dans le mien ! Travaille à te rendre pur, humble, généreux, pour que je puisse verser en toi le plus possible de mon amour filial.
    2. – Repasse, dans le recueillement et la prière, ce que je t’ai déjà laissé entrevoir de mon amour pour Marie : comment je l’ai choisie de toute éternité et comblée de privilèges ; comment j’ai vécu dans son intimité et l’ai associée à ma mission ; comment je l’aime et l’aimerai à tout jamais par les saints et par toute l’Église de la terre et du ciel.
    3. – Puis, entrant plus avant dans mon Cœur, médite les motifs qui m’ont porté à tant l’aimer.
    Je l’ai aimée et je l’aime parce qu’elle est ma Mère, mais une Mère d’une ravissante beauté et perfection ; une Mère me donnant plus de joie par la moindre de ses paroles, le moindre de ses regards, que ne m’en ont jamais donné tous les saints par leurs actions les plus héroïques ; une Mère m’aimant d’un amour supérieur à tous les amours dont m’aiment les anges et les bienheureux ; une Mère ne vivant que pour moi, et acceptant volontiers, à cause de moi, le martyre le plus angoissant que jamais pure créature ait subi.
    4. – Je l’ai aimée parce qu’elle m’a aidé à remplir la mission que m’avait confiée le Père.
    Parce qu’elle m’a donné ma nature humaine afin que je pusse prêcher la bonne nouvelle aux hommes et mourir pour eux.
    Parce que, dans cette mission, elle s’est unie à moi par sa volonté, par ses supplications, ses immolations, par sa présence au pied de ma croix.
    Parce que, jusqu’à la fin des temps, elle travaillera à convertir les pécheurs, à sanctifier les justes, à m’amener des âmes sans nombre.
    Parce qu’elle est elle-même le grand triomphe de ma mission rédemptrice, et qu’en la rachetant d’une manière si parfaite, j’ai fait plus qu’en rachetant tout le reste du monde.
    5. – Je l’ai aimée et je l’aime parce que, grâce à elle, j’ai pu offrir au Père des adorations, des réparations, une gloire d’une valeur infinie, que je ne pouvais lui donner sans l’humanité dont elle m’a revêtu ; parce qu’elle s’est unie à moi dans mes hommages au Père, et l’a adoré, vénéré et aimé comme il ne l’a jamais été et jamais ne le sera par tous les saints et anges réunis ; et parce que, par elle, on comprendra mieux mon Père et on prendra des dispositions plus filiales à son égard.
    6. – Ne cesse de méditer l’immensité de mon amour pour ma Mère : tu n’en atteindras jamais les limites, pas même pendant l’éternité.
    En les méditant, mets-toi à ma place, deviens Jésus, Fils premier-né de Marie, puisqu’aussi bien, ma vie est ta vie, et essaye de sentir ce que j’ai senti moi-même.
    7. – Puis considère l’amour spécial que Marie te porte.
    Elle t’aime parce que je t’ai aimé au point de mourir pour toi, et que mes amours sont ses amours.
    Elle t’aime parce que je l’ai faite ta Mère, et que toute mère est amour.
    Elle t’aime parce que toute mère aime davantage l’enfant qui lui a coûté davantage, et que tu lui as coûté d’indicibles souffrances.
    Elle t’aime parce que, pour t’enfanter à la vie, elle a dû m’offrir à la mort.
    Elle t’aime parce que tu ne fais qu’un avec moi, et qu’en t’aimant elle m’aime moi-même.

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, j’aimais Marie quand je n’entrevoyais encore que vaguement ce qu’elle est pour moi. Maintenant que je commence à comprendre la réalité de sa maternité à mon égard, votre amour pour elle et son amour pour moi, pourrais-je ne pas l’aimer de toutes les puissances de mon être ?

    COMMENT

    JÉSUS :
    Mon frère, aimes-tu vraiment Celle que j’aime tant et qui t’aime tant ?
    Tu le penses, car tu te réjouis en lui parlant, et tu t’enthousiasmes en la chantant. Mais, sur terre, aimer, ce n’est pas tant se réjouir et s’enthousiasmer que travailler et souffrir.
    2. – Si tu aimes Marie, tu voudras travailler pour elle.
    Sois heureux de lui donner ton activité, ton temps, ta peine.
    Nul labeur ne te sera trop pénible quand il s’agira de sa gloire ; nulle entreprise ne te paraîtra impossible quand il sera question de promouvoir ses intérêts.
    Le jour où tu trouveras quelque tâche mariale au-dessus de tes forces, dis-toi que tu as cessé d’aimer.
    Or ma Mère te réserve une tâche, une tâche très noble et parfois très difficile.
    3. – Si tu aimes Marie, tu voudras souffrir pour elle.
    Qui n’aime plus Marie quand il lui faut souffrir pour elle ne l’a jamais aimée : il n’a aimé que lui-même dans les consolations qu’elle lui a données.
    Ne refuse pas de souffrir : tu refuserais d’aimer.
    Non seulement accepte la souffrance, mais aime-la : n’es-tu pas heureux de pouvoir montrer ton amour ? N’es-tu pas heureux de pouvoir aimer davantage ?
    4. – Pour apprendre à aimer toujours plus, prends les quatre moyens que je vais t’indiquer.
    I. Applique-toi à faire, avec le plus d’amour possible, la multitude des petits efforts et sacrifices de ta vie quotidienne. Si tu arrives à ne jamais dire non à ta Mère dans les petites choses, tu ne lui diras pas non dans les grandes.
    II. Ne cesse d’étudier ta Mère.
    Apprends dans les livres tout ce que tu peux de ses grandeurs, de sa mission, de sa vie, et de la vie de ceux qui l’ont aimée et servie. Et puis, réfléchis sur ce que tu auras appris.
    Tu n’auras jamais fini de l’étudier, parce que tu n’auras jamais fini de comprendre ce que j’ai fait pour elle et ce qu’elle a fait pour moi et pour toi.
    III. Vis dans une constante union avec elle.
    Tu ne pourras vivre dans son intimité sans la trouver tous les jours plus aimable et sans l’aimer tous les jours davantage. Je t’expliquerai plus tard comment tu pourras, à ma suite, demeurer sans cesse uni à elle.
    IV. Enfin, demande-moi la grâce de l’aimer et de croître sans cesse dans son amour.
    L’amour de ma Mère est une grâce, et une grâce de choix. La grâce s’obtient par la prière : demande et tu recevras.
    Demande sans hésitation, car cette grâce ne peut pas ne pas être conforme à mes desseins.
    Hésiter, ce serait nous blasphémer moi et ma Mère ; ce serait supposer que je puis ne pas vouloir que tu l’aimes.
    Ton désir même de l’aimer, n’est-ce pas moi qui te l’ai inspiré ? Te l’aurais-je inspiré si je ne voulais pas le satisfaire ?
    Demande cette grâce tous les jours.
    Demande-la surtout quand je viens à toi dans l’union eucharistique.
    Là je viens à toi comme Fils de Marie, dans cette humanité que j’ai reçue d’elle et par laquelle je te fais participer à ma divinité.
    « Celui qui me mange, vivra par moi. » Aimer ma Mère de l’amour dont je l’aime, n’est-ce pas vivre par moi ?
    C’est dans la Communion surtout que je fais passer de mon Cœur dans le tien l’amour de ma Mère ; là surtout ce n’est plus toi qui vis, c’est moi qui vis en toi ; et ce n’est plus toi qui aimes Marie, c’est moi qui l’aime en toi.
    Jusqu’à présent, tu ne m’as guère de–mandé cette grâce : demande et tu recevras, afin que ta joie soit parfaite.

    LE FIDÈLE :
    0 bon Jésus, par l’amour dont vous aimez votre Mère, donnez-moi, je vous prie, de l’aimer vraiment, comme vraiment vous l’aimez et voulez qu’on l’aime.

    CHAPITRE IV : COMME MOI, OBEIS A MA MÈRE

    JÉSUS
    Mon frère, veux-tu, comme moi, montrer ton amour à ma Mère ? Sois-lui obéissant comme moi.
    Petit Enfant, je me suis laissé faire par elle comme elle l’entendait : je me suis laissé poser dans la crèche, porter dans ses bras, allaiter, emmailloter, emmener à Jérusalem, en Égypte, à Nazareth.
    Puis, dès que j’en ai eu la force, je me suis empressé d’exécuter ses désirs, de les deviner même et de les prévenir.
    Après avoir étonné les docteurs du Temple, je suis revenu à Nazareth avec elle, et je lui ai été soumis.
    Je suis resté près d’elle jusqu’à l’âge de trente ans, toujours déférant à ses moindres désirs
    2. – Je trouvais un ineffable bonheur à lui obéir. Par mon obéissance, je la dédommageais de ce qu’elle faisait pour moi, et surtout de ce qu’elle aurait un jour à souffrir pour moi.
    3. – Je lui obéissais en toute simplicité : quoique son Dieu, j’étais aussi son Fils ; elle était ma Mère et la représentante de mon Père.
    Et en toute simplicité elle me commandait et me dirigeait, ineffablement heureuse de me voir préoccupé de ses moindres volontés.
    Veux-tu lui renouveler ce bonheur obéis-lui comme je lui ai obéi.
    4. – Ma Mère a des ordres à te donner. Elle te commande d’abord par la voix du devoir.
    Il en est qui font consister la dévotion à Marie dans des images et des statues, des cierges et des fleurs ; d’autres, dans des formules de prière et des cantiques ; d’autres, dans des sentiments de tendresse et d’enthousiasme ; d’autres, dans des pratiques et des sacrifices de surérogation.
    Il en est qui croient l’aimer beaucoup parce qu’ils se plaisent à parler d’elle, ou parce qu’ils se voient, en imagination, accomplissant de grandes choses pour elle, ou parce qu’ils s’efforcent de toujours penser à elle.
    Toutes ces choses sont bonnes, mais elles ne sont pas l’essentiel.
    « Ce ne sont pas ceux qui disent : « Seigneur ! Seigneur ! » qui entreront dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père céleste, celui-là entrera dans le royaume des cieux. »
    Et ce ne sont pas ceux qui disent « Mère ! Mère ! » qui sont les vrais enfants de Marie, mais ceux-là qui font toujours sa volonté.
    Or Marie n’a pas d’autre volonté que moi, et ma volonté sur toi, c’est l’accomplissement de ton devoir.
    5. – Efforce-toi donc avant tout de faire ton devoir, et de le faire par amour pour elle : ton devoir grand ou petit, facile ou pénible, intéressant ou monotone, éclatant ou obscur.
    En vue de plaire à ta Mère, sois plus docile envers tes supérieurs, plus aimable envers tes égaux, plus doux envers tes inférieurs, plus obligeant envers tous. Sois plus ponctuel dans ton obéissance, plus consciencieux dans ton travail, plus patient dans tes épreuves.
    6. – Mais accomplis tout cela avec le maximum d’amour et d’un visage souriant.
    Souris à ta pénible tâche, à tes occupations prosaïques, à la monotone succession de tes obligations ; ou plutôt, souris à ta Mère, qui te demande d’accomplir ton devoir avec entrain pour lui prouver ton amour.
    7. – A côté du devoir d’état, Marie t’envoie d’autres indications de sa volonté : les inspirations de la grâce.
    Toute grâce te vient par elle.
    Quand la grâce te sollicite de renoncer à tel plaisir, de réprimer telle tendance, de réparer telle faute ou négligence, de pratiquer tel acte de vertu, c’est Marie qui, doucement, amoureusement, te manifeste ses désirs.
    Parfois tu t’effrayes devant les exigences de ces inspirations. N’aie pas peur c’est ta Mère qui te parle, ta Mère qui veut ton bonheur.
    Reconnais sa voix, fais crédit à son amour, et réponds oui à tout ce qu’elle te demande.
    8. – Il est une troisième manière pour toi de pratiquer l’obéissance envers Marie c’est d’exécuter la tâche spéciale qu’elle va te confier. Sois prêt.
    9. – Il est une quatrième manière pour toi de pratiquer l’obéissance envers Marie : c’est d’exécuter la tâche spéciale qu’elle va te confier. Sois prêt.

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, je commence à le comprendre, tout mon programme consistera à pratiquer ce que l’Esprit-Saint a dit de vous : « Il leur était soumis. »

    CHAPITRE V : COMME MOI, HONORE MA MÈRE

    JÉSUS :
    Mon frère, je suis le Dieu devant qui les anges se voilent la face et qu’ils révèrent en tremblant. Cependant j’ai humblement honoré Marie ; car, tout Dieu que je suis, je suis son Fils.
    C’est moi qui ai porté le commandement : « Honore ton père et ta mère. » Comment ne l’aurais-je pas observé moi-même dans toute sa perfection ?
    2. – J’ai honoré Marie parce qu’elle est ma Mère, une Mère incomparablement sainte et auguste, la représentante de mon Père céleste. Conçois, si tu peux, le respect profond et tendre à la fois avec lequel petit Enfant, puis Adolescent, puis Homme fait, je la saluais et me tenais devant elle, je l’écoutais et lui parlais, j’exécutais tous ses désirs.
    Combien je la voyais heureuse de mes marques de déférence, qu’elle acceptait simplement, parce que c’était la volonté du Père, tout en répétant à part elle : c Il a regardé la bassesse de sa servante, il a exalté ceux qui ne sont rien. »
    3. – Pour l’honorer, j’ai fait immensément plus que lui donner ces marques de déférence.
    N’est-ce pas par vénération pour ma Mère que je l’ai exemptée de la loi du péché originel, préservée de la concupiscence, entourée de tant de secours que jamais le plus léger souffle ne ternit la pureté de son âme ?
    N’est-ce pas par un sentiment d’infini respect que j’ai voulu préserver l’intégrité de son corps dans ma conception et ma naissance, et transporter au ciel ce corps virginal avant que la corruption du tombeau pût le toucher ?
    N’est-ce pas pour exalter davantage ma Mère que je la comblai, dès son Immaculée Conception, d’une surabondance de grâce supérieure à celle de toutes les créatures réunies, que je l’associai à ma mission rédemptrice et la couronnai Reine du ciel et de la terre ?
    Et – je te l’ai déjà dit – les marques d’honneur que, par la voix grave de ses pasteurs ou par celle du peuple enthousiaste, l’Église n’a cessé de multiplier de siècle en siècle et multipliera plus encore dans les siècles à venir, que sont-elles sinon une réalisation partielle de mon désir d’honorer ma Mère ?
    4. – « Voici, s’écriait-elle un jour sous la poussée de mon Esprit, voici que toutes les générations m’appelleront bienheureuse. » Il faut que sa prophétie s’accomplisse ; il faut que, sur toute la terre, soit sanctifié le nom de mon Père et glorifié le nom de ma Mère.
    5. – Pour honorer Marie comme je l’ai honorée et veux qu’elle soit honorée, commence par la mieux comprendre.
    Ne cesse de contempler sa dignité, ses privilèges, sa perfection, sa mission.
    Puis, humilie-toi dans ton néant et ta misère : plus tu te feras petit, plus tu seras apte à comprendre la grandeur de ma Mère.
    Surtout, fais entrer dans ton âme les dispositions de mon âme : regarde Marie avec mes yeux, admire-la avec mon esprit, réjouis-toi de sa beauté avec mon cœur.
    6. – Honore-la par ton empressement à prendre part aux prières et aux fêtes publiques qui se font en son honneur.
    Honore-la par quelques pratiques de piété que tu seras constant à lui offrir chaque jour ; par les sacrifices que tu t’imposes pour aider à sa glorification.
    Honore-la en la faisant connaître et aimer autour de toi ; en t’unissant à d’autres de ses fils privilégiés, afin de la servir avec eux.
    Honore-la en te donnant tout à elle, en combattant pour elle et sous elle. Comment ? Mlle te le révélera dans la suite.
    Honore-la surtout par ta conduite. Deviens un saint, et tu feras plus pour son honneur que si, chrétien médiocre, tu composais de doctes ouvrages sur elle.
    7. – Honore-la en mon nom et en ton nom.
    Honore-la pour ceux qui ne l’honorent pas, pour les païens qui l’ignorent, pour les hérétiques qui la blasphèment, pour les mauvais chrétiens qui omettent de la prier, pour les âmes consacrées qui se montrent négligentes dans son service.
    8. – Honore-la de tout ton pouvoir, car elle est au-dessus de toute louange, et tu ne suffiras pas à la louer.
    Honore-la et ne crains pas d’excéder : tu ne l’honoreras jamais autant que je l’ai honorée et veux qu’on l’honore.

    LE FIDÈLE :
    Béni soit le nom de la Vierge Marie, « maintenant et dans tous les siècles! »

    CHAPITRE VI : COMME MOI, RESSEMBLE, A MA MERE,

    JÉSUS :
    Mon frère, les enfants ressemblent à leur mère. J’ai ressemblé à la mienne mieux que jamais enfant des hommes ne ressembla à la sienne.
    Né d’elle seule, les traits de mon visage, mon regard, mon maintien, mes gestes, ma démarche, tout mon extérieur rappelait ma Mère virginale : qui me voyait, me reconnaissait aussitôt pour le Fils de Marie.
    Plus encore que les traits de nos physionomies, nos âmes se ressemblaient.
    Mon Père avait modelé Marie sur mon image afin qu’ensuite, comme une vérifiable Mère, elle me formât à la sienne. Et par une constante application à m’observer, à méditer dans son âme tout ce que je faisais et disais, elle reproduisait toutes mes dispositions avec une incomparable perfection. C’est pourquoi, à propos de toutes choses, nous avions les mêmes pensées, les mêmes sentiments, les mêmes vouloirs. Son âme avait passé en moi et mon âme en elle.
    2. – Efforce-toi de ressembler à ma Mère comme je lui ai ressemblé.
    Ressemble-lui dans ton extérieur par ta modestie. Qu’en te voyant, on éprouve quelque chose de ce respect et de ce recueillement dont étaient saisis ceux qui voyaient ma Mère.
    3. – Ressemble-lui surtout par ton intérieur.
    Copie ses vertus. Elles sont incomparablement sublimes et en même temps incomparablement simples. Car la vie de Marie a été pareille à la tienne, et il t’est facile de comprendre ou de deviner comment elle agissait ou aurait agi à ta place
    Comme elle, tu étudieras les vertus en moi d’abord. Puis tu regarderas ta Mère pour savoir comment elle les a reproduites. C’est de moi que tu recevras ta leçon ; mais cette leçon, tu la comprendras mieux une fois que ta Mère te l’aura expliquée.
    4. – Sois pur, pour être un digne enfant de la Vierge des vierges.
    Sois humble et simple, t’oubliant toi-même comme s’oublia la servante du Seigneur.
    Sois recueilli en Dieu et, à l’exemple de ma Mère, médite tout ce qui t’est révélé sur moi.
    Sois ferme dans ta foi, croyant, malgré les apparences contraires, à la parole du Seigneur comme elle y crut.
    Sois soumis à toutes les volontés divines, ne sachant répondre à Dieu qu’un mot : « Voici le fils de votre servante, qu’il me soit fait selon votre parole. »
    Sois plein de charité pour le prochain, te dévouant pour lui comme Marie près d’Élisabeth, à Cana et surtout au Calvaire.
    Parmi les vertus de ma Mère, attache-toi à imiter en particulier celle qui te manque le plus et qui t’est le plus nécessaire.
    5. – Imite, non seulement ses vertus, mais aussi ses dispositions à l’égard des hommes qui lui tenaient de plus près. A l’égard de ses parents bien-aimés, Joachim et Anne ; à l’égard de Jean, mon disciple préféré et mon remplaçant auprès d’elle ; à l’égard surtout de Joseph, son époux et mon père virginal, qu’elle entourait d’une indicible affection, vénération et reconnaissance pour tout ce qu’il était pour moi et pour elle. Tu ne serais pas vraiment son enfant si tu ne t’appliquais à aimer et à vénérer celui qui lui était si cher.
    6. – Imite par dessus toutes ses dispositions envers moi.
    Marie n’a été créée que pour moi ; elle n’a respiré, travaillé, souffert que pour moi.
    Près d’elle tu apprendras à ne vivre que pour moi et à te sacrifier tout entier pour ma cause.
    Et tu l’apprendras vite et parfaitement. Car la contemplation des dispositions de ma Mère à mon endroit exercera sur toi un unique pouvoir d’attraction et de transformation, un pouvoir fait à la fois de force et de délicatesse, d’intelligence et d’amour, et aussi d’une grâce toute spéciale.
    A côté d’elle, tu éprouveras, par cette sympathie qui existe entre la mère et l’enfant, ce qu’elle ressentait à côté de moi. Quoi d’étonnant que, auprès d’elle, tu parviennes aisément à prendre mes dispositions ?
    7. – A sa suite, tu entreras aussi dans l’intimité avec mon Père céleste, dont elle se savait, depuis son Immaculée Conception, la Fille privilégiée, et avec l’Esprit, qui l’avait choisie pour son Épouse infiniment aimée.
    8. – L’imitation de ma Mère t’inspirera une autre disposition encore, une disposition d’amour immense pour les âmes. De cela elle te parlera elle-même.

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, rendez-semblable à votre Mère pour qu’elle me rende semblable à vous !

    CHAPITRE VII : COMME MOI, CONFIE-TOI A MA MÈRE

    JÉSUS :
    Mon frère, tout enfant se confie à sa mère ; je me suis, de même, confié à la mienne.
    Je me suis confié à elle pour mes besoins matériels.
    Je nourris les oiseaux du ciel et revêt$ de leur splendeur les lis des champs ; mais je voulus avoir besoin des mêmes secours matériels que tous les autres enfants des hommes. Je me confiai à ma Mère : elle me nourrit, me vêtit et prit soin de moi.
    Ma vie était menacée. Je ne me troublai pas : ma Mère me porta dans un pays étranger tandis que je dormais tranquille entre ses bras.
    2. – Je me confiai à ma Mère pour l’accomplissement de ma mission.
    A peine incarné, je voulus sanctifier mon précurseur, me manifester aux Juifs et aux Gentils, au vieillard Siméon et à la prophétesse Anne : je m’en reposai sur ma Mère.
    Nouvel Adam, je voulus, pour réparer la faute première, m’associer ma Mère en qualité de nouvelle Ève, par une coopération de volonté, de prière et de sacrifice : elle comprit parfaitement et consentit généreusement.
    3. – Je me confiai à elle dans les angoisses que me causait cette mission.
    Mon âme a été triste au delà de toute conception. Triste à la vue du culte tout matériel, souvent hypocrite, qu’on rendait à mon Père ; triste à cause de l’inintelligence des foules, de l’opposition et de la mauvaise foi de mes ennemis, des idées terrestres et de l’inconstance de mes amis ; triste surtout à cause de la perte d’âmes innombrables, infiniment chères, et pour lesquelles j’allais en vain verser mon sang. J’étais triste, triste jusqu’à la mort, au point de demander à mon Père d’éloigner de moi ce calice.
    Et cependant j’avais une immense consolation : ma Mère. Elle me comprenait; elle savait adorer en esprit et en vérité ; elle prenait part à mes déboires et à mes angoisses ; elle m’aimait d’autant plus que j’étais plus haineusement attaqué par les pharisiens ou plus lâchement déçu dans mes disciples ; elle veillait et priait avec moi pendant tout le temps de ma vie cachée et tout le temps de ma mission publique ; elle était au pied de la croix, croyant inébranlablement quand tous les autres étaient troublés dans leur foi ; en elle mon œuvre rédemptrice réussit pleinement, elle fut mon suprême triomphe.
    4. – A ma suite, confie-toi à ma Mère.
    Aie confiance : elle est toute-puissante. Ne l’ai-je pas faite distributrice de toutes les grâces ? Ne peut-elle pas donner tout ce qu’elle veut, à qui elle veut, quand elle veut ?
    Aie confiance : elle est toute bonne. L’ayant faite toute-puissante, pouvais-je ne pas la faire aussi toute clémente ?
    Aie confiance : je suis son Enfant que pourrais-je refuser à ma Mère ?
    Aie confiance : tu es son enfant une mère refuse-t-elle jamais à son enfant ce qu’elle peut lui donner ?
    Aie confiance : tu t’es donné tout à elle pourrait-elle être moins généreuse que toi ?
    Aie confiance : en te donnant, c’est à moi qu’elle donne ; car elle sait que je vis en toi et que ce qu’on fait au moindre de mes frères, c’est à moi qu’on le fait. Quand tu l’invoques, tu lui procures la joie de continuer à prendre soin de moi, à me nourrir, à me porter, à me soustraire au danger, à faire mon éducation.
    Aie confiance : elle désire plus te donner que tu ne désires recevoir, parce qu’elle t’aime plus, et m’aime plus en toi que tu ne peux t’aimer toi-même.
    Aie confiance, parce que tu l’affligerais en hésitant ; car hésiter, ce serait douter de l’amour de ma Mère pour toi et pour moi.
    5. – Pourquoi cependant ta confiance n’est-elle pas toujours inébranlable ?
    – Tu ne mérites pas, dis-tu, d’être exaucé par ta Mère à cause de ta lâcheté dans son service.
    – Ta lâcheté est grande ; elle ne sera jamais aussi grande que l’amour de ta Mère.
    Tu dois avoir confiance, non parce que tu es bon, mais parce qu’elle est bonne. Cesse-t-elle d’être bonne quand tu es mauvais ?
    6. – Mais tu ne sais si ta demande est conforme aux desseins de Dieu sur toi et alors tu hésites.
    Écoute, je vais t’apprendre une manière de prier qui est toujours conforme à ses desseins et dont tu peux toujours te servir avec une confiance inébranlable.
    Comprends d’abord bien ceci :
    I. A propos de chacun de tes besoins, ta Mère a des intentions d’amour.
    II. Ses intentions sont toujours conformes aux desseins de Dieu et toujours réalisables.
    III. Elles valent toujours mieux que tes propres intentions, car Marie sait mieux que toi ce qu’il te faut, et elle a sur toi de plus grandes ambitions que toi-même.
    Chaque fois donc que tu éprouves un désir, demande à ta Mère de réaliser ses intentions par rapport à ce désir ; et sois sûr, infailliblement sûr que tu obtiendras ou ce que tu souhaites, ou quelque chose de meilleur ; et que tu obtiendras, non suivant la mesure de tes mesquines conceptions, mais suivant celle de son immense amour.

    LE FIDÈLE :
    Mais alors, Jésus, ce sera merveilleux ! Désormais, pour avoir une foi à transporter des montagnes et être exaucé au delà même de mes espérances, il me suffira, dans chaque besoin, de prier ma Mère de réaliser ses intentions sur moi.

    CHAPITRE VIII : COMME MOI, VIS EN UNION AVEC MA MERE

    JÉSUS :
    Mon frère, j’ai encore à te révéler un autre trait, un trait essentiel de ma piété filiale envers ma Mère : ma vie d’union avec elle.
    Si, pour tout enfant, il n’est pas chose plus douce que l’intimité avec sa mère, quelles furent les joies de mon intimité avec Marie ?
    Joies de ces neuf mois d’union ineffable, alors que je ne faisais qu’un avec ma Mère et que, vivant tabernacle, elle me portait toujours en elle ; car, tout au contraire des autres enfants, j’ai connu ma Mère dès le premier moment de mon existence terrestre et dès lors, ce fut, entre elle et moi, un continuel échange de pensée et d’amour.
    Joies de ces trente années d’intimité sans pareille, à Bethléem, en Egypte à Nazareth, quand elle me portait dans ses bras, me voyait à côté d’elle, s’entretenait avec moi, par la parole ou par le regard. Trente longues années, seul avec elle seule et Joseph !
    Joies non moins profondes des trois dernières années de ma vie quand, au milieu des incompréhensions des foules, des lenteurs de mes amis, de la fureur de mes ennemis, je pensais à Celle qui, dans sa petite maison de Nazareth, pensait à moi, qui me comprenait, m’aimait, et offrait au Père, pour le succès de ma mission, d’incessantes supplications et immolations.
    2. – Je devais connaître d’autres joies : les joies que me procuraient la générosité de mes apôtres, la foi et l’attachement d’un grand nombre de disciples et la perspective des innombrables âmes toutes pures, toutes simples, toutes généreuses, qui, jusqu’à la fin des temps, croiraient à mon amour et se donneraient tout entières à moi. Mais toutes ces autres joies réunies n’atteignaient jamais à la moindre des joies que je trouvais dans cette union entre ma Mère et moi, dans cette fusion de nos deux âmes en une seule.
    3. – Or, mon frère bien-aimé, je veux que tu partages cette union pour partager cette joie.
    Tu y trouveras, en même temps qu’une infinie consolation, une extrême facilité pour pratiquer toutes les autres manifestations de la piété filiale que je t’ai enseignées.
    Près de Marie, tu t’appliqueras comme d’instinct à renouveler et à vivre ton entière consécration à elle ; tu sentiras ton amour filial croître chaque jour davantage ; tu trouveras facile d’obéir à toutes ses volontés et jusqu’à ses moindres désirs ; tu devineras les marques de vénération qui lui feront le plus plaisir ; tu te mettras spontanément à imiter ses vertus et toutes ses dispositions ; tu éprouveras une invincible confiance en sa bonté maternelle.
    Près d’elle, tu apprendras une foule de choses que je ne t’ai pas expliquées, parce que ton cœur les devinera de lui-même.
    4. – Efforce-toi donc d’entrer, à ma suite, dans l’intimité la plus étroite avec ma Mère.
    Unis-toi à elle dans la prière.
    Sois fidèle au renouvellement quotidien de ta consécration à Marie, à la récitation quotidienne de ton chapelet – ou au moins d’une dizaine de chapelet – et aux prières que tu as résolu de lui offrir chaque jour. Et plusieurs fois à travers la journée, élève ton regard vers Celle qui constamment tient son regard fixé sur son enfant.
    5. – Mais, en la priant, rappelle-toi que c’est en mon nom que tu t’adresses à elle ; que c’est moi qui, par ton cœur et ta bouche, continue d’honorer et d’aimer ma Mère.
    6. – Même quand tu veux parler au Père ou à l’Esprit ou à moi, commence par t’unir à ta Mère. A côté d’elle, ton recueillement sera plus profond, ta foi plus ferme, ta confiance plus entière, ton amour plus ardent. C’est que, aux dispositions de ton pauvre cœur, s’uniront les dispositions toutes parfaites de ta Mère.
    7. – Aie recours à Marie en particulier quand tu me reçois dans le Sacrement de mon amour. Demande-lui de te prêter sa foi, son espérance, sa confiance, sa charité. Prie-la de me donner à toi et de te transformer en moi.
    8. – Unis-toi à elle dans l’action. Je travaillais pour ma Mère et avec ma Mère. Fais de même.
    Offre-lui chacune de tes occupations. Mais ne réduis pas cette offrande à une pure formule. Ne fais que ce qu’elle veut, parce qu’elle le veut et comme elle le veut.
    Prends garde que tes caprices, tes tendances ou tes intérêts ne viennent à supplanter ton intention initiale. Surtout dans les occupations qui risquent de t’absorber ou de te troubler, aie soin de renoncer à toute recherche de toi-même pour n’agir que d’après les vues de Marie.
    Apprends peu à peu à renouveler ton offrande dans le cours même de tes actions, ne fût-ce que par un regard.
    9. – Unis-toi à elle dans toutes les émotions de ton âme.
    Le cœur de ma Mère et mon cœur vibraient toujours à l’unisson : mes joies étaient ses joies ; mes tristesses, ses tristesses; mes espoirs, ses espoirs; mes appréhensions, ses appréhensions ; mon amour, son amour.
    Fais part à ta Mère de tout ce qui te trouble ou t’émeut. Elle comprend ce qui s’agite au fond de ton cœur, elle comprend ce que toi-même ne peux y comprendre.
    Es-tu triste ? Conte-lui ton chagrin, et elle t’aidera à le porter ou le changera, en joie.
    Es-tu heureux ? Dis-lui ton bonheur et elle l’intensifiera et le purifiera.
    Te sens-tu découragé ? Expose-lui tes craintes ou tes échecs, et elle t’obtiendra le vrai succès.
    As-tu réussi dans une entreprise ? Va la remercier et demande-lui d’en assurer le fruit.
    Ne sais-tu quel parti choisir au milieu de tes perplexités ? Consulte-la : elle t’éclairera et te guidera.
    Te trouves-tu sans force et sans volonté? Viens près d’elle renouveler tes énergies.
    10. – Raconte-lui non seulement tes émotions profondes, mais jusqu’aux simples impressions et réflexions que te suggèrent tes occupations ordinaires. L’enfant n’en use-t-il pas ainsi avec sa mère ? Et ne penses-tu pas que j’en usais de la sorte quand je me tenais près de la mienne ?
    11. – Dans ces incessantes relations avec Marie, tu n’as pas besoin de nombreuses paroles. Que de fois, pour faire part de leurs sentiments ou de leurs besoins à leurs mères, les enfants se contentent de crier : « Maman ! » et de regarder leurs mères, et celles-ci comprennent merveilleusement ce qu’ils veulent leur dire. Mieux qu’aucune autre, nia Mère savait ce que je voulais lui dire quand je prononçais son nom et la regardais. Et son regard répondait à mon regard. Oh l’infinie joie pour elle et pour moi !
    Pour raconter à Marie tes besoins ou tes sentiments, dis-lui simplement « Mère ! » et regarde-la un instant, en mettant dans ce nom tout ce que tu veux lui exprimer suivant le cas : une protestation d’amour, l’offrande de ton travail, un cri d’angoisse, un remerciement, ta joie ou ta tristesse. Et ta Mère te comprendra et elle répondra, comme elle sait le faire, à l’appel de son enfant…
    Même en prononçant simplement ce mot de Mère, fais le dans la consience de parler en mon nom : tu donneras à Marie infiniment plus de joie, et elle te témoignera infiniment plus d’amour si, à travers ta voix, elle entend encore la mienne lui répétant  » Ma Mère ! « .

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, donnez moi de réaliser ce que vous venez de m’expliquer. Vivre comme vous, dans la constante intimité avec Marie, vraiment, ce sera le ciel sur terre !

    CHAPITRE, IX : VIENS ECOUTER TA MERE

    JÉSUS :
    Mon frère, tu as commencé à comprendre ce que j’ai f ait pour ma Mère, et ce que tu dois faire pour elle à mon exemple. Tu n’as pas encore compris tout ce qu’elle a fait pour moi et ce qu’elle veut faire pour toi.
    Elle m’a élevé comme toute vraie mère élève son enfant, et elle s’est associée à ma mission rédemptrice.
    Elle veut t’élever à ton tour et t’associer à sa mission corédemptrice.
    Mais elle-même va t’instruire de ses desseins. Ecoute-la avec docilité et obéis-lui avec amour, de même que je lui étais soumis avec un amour infini.

    LE FIDÈLE :
    0 Jésus, Fils de Dieu et Fils de Marie, mon Créateur et mon Frère ! Que vous rendrai-je en retour de tout ce que vous m’avez donné ? Vous savez que je n’ai rien qui m’appartienne, sinon le néant et le péché. Cependant, avec votre grâce, je puis vous donner ce que vous attendez de moi : je veux être pour Marie ce que vous avez été pour elle ; je veux vous permettre de continuer à l’aimer par moi.
    Et vous, ô Marie, Mère de Dieu et ma Mère ! Vous m’avez choisi pour votre enfant de prédilection. Avec votre aide, je serai pour vous un autre Jésus.
    Voici que vous voulez m’instruire et me diriger. Parlez, Mère, votre enfant écoute. Commandez-moi ce que vous voulez, et obtenez-moi la grâce d’exécuter ce que vous m’aurez commandé.

    LIVRE TROISIÈME : TRANSFORMATION EN JÉSUS

    CHAPITRE I : MON BUT : TE TRANSFORMER EN JÉSUS

    MARIE :
    Mon fils bien-aimé, toi que j’ai enfanté en enfantant Jésus, toi en qui je vois Jésus et que j’aime de l’amour dont j’aime Jésus, mon Fils Premier-Né t’a appris à être pour moi ce qu’il a été lui-même ; je vais être pour toi ce que j’ai été pour lui.
    2. – Comme lui, tu t’es tout donné à moi. Mais je ne veux pas te garder pour moi seule. C’est pour Jésus et pour toi, pour Jésus en toi et dans les autres, que je t’ai appelé à être mon enfant de prédilection. Tu ne peux encore comprendre tout ce que je te dis ; tu le comprendras peu à peu.
    3. – Et d’abord, je veux m’occuper de ton éducation comme je l’ai fait pour mon Fils Jésus. Tu es mon enfant parce que tu ne fais qu’un avec lui ; c’est encore lui que j’élèverai en t’élevant.
    4. – T’élever, c’est t’apprendre à vivre pleinement de la vie de Jésus, à penser comme lui, à aimer comme lui, à vouloir comme lui, à parler et à agir comme lui, à te changer en lui. C’est opérer en toi une transformation analogue à celle que le prêtre opère dans l’hostie : pour les sens, l’hostie est toujours du pain ; mais pour la foi, c’est Jésus. Toi aussi, à l’extérieur tu resteras toi ; mais à l’intérieur, d’une certaine façon, ce sera Lui.
    5. – Idéal trop sublime pour toi, penses-tu. Ne t’effraye pas : je connais bien le Modèle à reproduire, et je m’entends à façonner les âmes à sa ressemblance. Tous les saints sont devenus saints par moi. Ce que j’ai fait pour les autres, pourquoi ne le pourrais-je pour toi ? Laisse-moi seulement faire, et sois docile.
    6. – Je vais t’indiquer plusieurs pratiques propres à t’aider dans cette transformation. Ne t’y applique que successivement, et ne passe à la suivante que lorsque tu as acquis l’habitude de la précédente. Mais, une pratique une fois adoptée, ne l’abandonne plus.

    LE FIDÈLE :
    O ma mère, devenir un saint ! moi, misérable pécheur, si coupable dans le passé, si lâche dans le présent, si inconstant, je le crains, dans l’avenir…Mais je m’abandonne à vous. Tous les miracles vous sont possibles, même celui de faire de moi un saint. Obtenez-moi de ne jamais résister à vos désirs !

    CHAPITRE II : APPRENDS A PENSER LES PENSÉES DE JÉSUS

    DANS LES LIVRES

    MARIE :
    Mon fils, pour apprendre à vivre la vie de Jésus, il te faut d’abord apprendre à penser les pensées de Jésus.
    Le monde pense d’une façon, et Jésus d’une façon tout opposée. Ta pensée est souvent plus près de celle du monde que de celle de Jésus.
    2. – La pensée de Jésus est consignée dans l’Évangile, et aussi dans des livres écrits par des hommes remplis de l’esprit de l’Évangile. C’est là d’abord, qu’il te faut l’étudier.
    Réserve-toi chaque jour quelques instants pour les consacrer à une lecture pieuse. Ne peux-tu trouver au moins un quart d’heure par jour, ou tout au moins cinq minutes ? Tu trouves du temps pour une foule d’autres occupations bien moins nécessaires.
    Mais, si courte qu’elle doive être, n’omets jamais ta lecture quotidienne.
    Détermine bien le moment où tu t’y livreras, soit au début, soit au milieu, soit à la fin de ta journée, et sois ponctuel à la commencer au moment fixé.
    3. – Au début de la lecture, demande- moi de te faire comprendre ce que Jésus va t’enseigner, et au cours de la lecture, communique-moi les réflexions qu’elle te suggère.
    En lisant, pense que c’est Jésus qui te parle.
    Lis respectueusement, pour faire honneur à la parole de Jésus.
    Lis lentement, sans empressement, non pour satisfaire ta curiosité mais pour comprendre l’esprit de Jésus et apprendre à vivre de sa vie.
    Applique la lecture à ta vie : vois ce que tu as à réformer dans tes idées et dans ta conduite, et termine ta lecture par une résolution que tu me confieras.

    DANS LE CONTACT DIRECT AVEC LUI

    MARIE :
    Mon fils, il est une autre voie pour arriver à penser les pensées de Jésus, une voie très rapide, très sûre et très efficace : elle consiste à se mettre en contact direct avec lui.
    2. – Contemple Jésus, de préférence dans l’Évangile.
    Écoute ses paroles, regarde ses actions. Mais ne t’en tiens pas à l’extérieur, pénètre dans son âme et y découvre ce que, à propos de ses paroles ou de ses actions, il a pensé, senti, voulu.
    Vois surtout comment, chez lui, chaque mot, chaque geste procède d’une disposition d’amour. Jésus est plus qu’un Maître proférant des paroles de sagesse ; il est le Dieu d’amour : tu n’as pas compris sa doctrine si tu n’es arrivé jusqu’à la source de cette doctrine, à l’amour infini du Cœur de Jésus.
    3. – De la contemplation de Jésus, tourne-toi un instant vers la contemplation de toi-même. Constate combien tu es loin de penser, de sentir, de vouloir et d’agir comme lui.
    Vois ce qu’il te faut faire, quels obstacles tu dois éviter, quels moyens prendre, quels sacrifices t’imposer, pour arriver à te transformer en lui.
    4. – Tout en regardant Jésus et ta conduite dans la lumière de Jésus, parle-lui.
    Parle-lui comme si tu le voyais. N’est-il pas en toi ? N’entend-il pas ta voix aussi bien que jadis celle de Pierre, de Madeleine ou de Jean ? Ne t’aime-t-il pas comme il aimait ses disciples, toi surtout qu’il m’a donné, pour être, comme Jean, mon enfant de prédilection ?
    Parle-lui directement, sans formules. Dis-lui simplement ce que tu penses, ce que tu sens, ce que tu désires, comme tu parlerais à un frère ou à un ami intime.
    5. – N’oublie pas de t’unir à moi dans cette conversation avec Jésus. Tu sais que je suis toujours près de toi, et que, pour trouver le Fils, il faut passer par la Mère. Tu pourras le constater : tu seras moins recueilli, moins familier, moins aimant avec lui quand tu ne me sentiras pas près de toi.
    J’ai passé ma vie à méditer sur ce que je voyais et entendais à propos de mon Fils. Toute méditation que tu feras sur lui ne sera qu’une répétition d’une méditation faite jadis par moi. Viens près de moi, et je te ferai comprendre et sentir une partie de ce que je comprenais et sentais en sondant les mystères de Jésus.
    6. – Ne cherche pas à multiplier les pensées et les raisonnements : contente-toi de croire, d’aimer et de prier.
    Crois ! Si Jésus a dit ceci ou cela, sa parole décide de tout. Inutile de chercher d’autres arguments. Il l’a dit, donc c’est vrai, infailliblement vrai : crois !
    Les hommes autour de toi affirmeront le contraire, du moins par leur conduite. Peu importe. Jésus l’a dit : crois ! Les hommes passeront ; la vérité du Seigneur demeure à tout jamais.
    Ta sensibilité se mettra du parti des hommes, ou du moins restera indifférente devant l’enseignement de Jésus. Peu importe : il s’agit, non de sentir, mais de croire. Jésus l’a dit : crois !
    Unis-toi à moi et tu croiras d’une foi plus pure et plus ferme.
    Multiplie les actes de foi. Multiplie-les, non comme pour te suggestionner toi-même, mais pour faire pénétrer la vérité divine jusqu’au fond de ton âme et pour en bien saisir les conséquences pratiques.
    7. – Aime! Aime la vérité parce que Jésus l’a aimée ; aime-la parce qu’il ne l’a enseignée aux hommes que par amour.
    Aime surtout Jésus, et apprends à l’aimer de plus en plus. En l’aimant davantage, tu imiteras plus parfaitement, même sans y penser, toutes les dispositions de son âme.
    Viens à moi et j’unirai mon amour au tien, et ensemble nous aimerons Jésus d’un amour incomparablement fort et pur.
    8. – Prie ! Prie Jésus d’aider ton incrédulité. Prie-le de faire passer en toi ses pensées, ses sentiments, ses volontés.
    Et prie-moi de te révéler Jésus et de te faire vivre de sa vie.
    9. – Parmi les dispositions du Christ, étudie de préférence celle qui te fait le plus défaut, ou celle pour laquelle tu éprouves un attrait spécial, ou celle dont un événement récent, en agitant et en bouleversant ton âme, t’a révélé le besoin immédiat.
    10. – Au lieu de l’Évangile, tu peux t’inspirer d’un autre livre pieux, ou d’un texte de prière, ou d’un cantique sacré. Mais applique-toi à tout ramener à Jésus, à tout croire, aimer et pratiquer à cause de Jésus.
    11. – Prépare ton entretien avec Jésus en prévoyant ce que tu veux lui dire et en te recueillant davantage.
    Commence-le invariablement en me demandant de te conduire à mon Fils ; mets-toi en sa présence et en la mienne.
    Termine-le par une résolution pratique, ainsi que je te l’enseignerai dans la suite.
    12. – A travers la journée, efforce-toi de te rappeler de temps en temps, dans les allées et venues, dans les intervalles entre tes occupations, la pensée qui t’a le plus impressionné dans ta conversation avec Jésus, et répète des actes de foi sur ce point.
    13. – Commences-tu à comprendre la vérité de ce que je te disais tout à l’heure sur l’importance de cette pratique pour qui veut apprendre à penser les pensées de Jésus ?
    Si oui, tu comprendras aussi que tu ne dois jamais, à aucun prix, omettre cet entretien quotidien avec lui.
    Détermine le moment précis pour y vaquer, et la durée que tu peux y consacrer, et ensuite, quoi qu’il arrive, tiens-toi à ce que tu as décidé.
    Écourte-le si c’est nécessaire. Ne l’omets jamais.
    Ne l’omets pas sous prétexte que tu n’as que le temps de réciter ta prière du matin ou du soir : plutôt réduis celle-ci de moitié afin d’avoir quelques instants de conversation avec Jésus.
    Ne l’omets pas parce que ton temps disponible est consacré à la réception de la Sainte Communion : communie, mais fais ta préparation et ton action de grâces par voie d’entretien avec Jésus.
    Ne l’omets pas en objectant que sans cela tu ne peux faire ta lecture pieuse. Sers-toi de celle-ci comme d’une préparation à l’entretien, mais réserve toujours quelques minutes au contact direct avec Jésus.
    Ne l’omets pas à cause de la multiplicité de tes occupations : plus tu as d’occupations, plus tu as besoin de te posséder ; et nul meilleur moyen de te posséder que de te posséder en Dieu. Les hommes qui ont fait le plus de travail fécond sont ceux qui ont été les plus unis à Jésus.
    N’omets pas parce que tu as été lâche ou infidèle, et que tu te trouves dépourvu de pensée et de sentiment ; qui te purifiera, qui te guérira, si ce n’est Jésus ? Viens avec moi près de lui.
    14. – M’as-tu comprise, mon fils ? Ou tu t’appliqueras, avec résolution et persévérance, à la pratique que je viens de t’enseigner, – et alors il me sera facile de te transformer en Jésus. Ou tu n’auras pas le courage de t’y adonner, – et alors tu resteras dans la médiocrité, et je ne pourrai me servir de toi pour la tâche que je te réservais. Choisis !

    LE FIDÈLE :
    O ma Mère, je vous donne ma parole d’honneur que jamais, sous aucun prétexte, je n’omettrai mon entretien quotidien avec Jésus et avec vous. Sous votre direction, je veux m’appliquer à constamment étudier votre Fils.

    CHAPITRE IV : LE GRAND ENNEMI DE JÉSUS EN TOI

    MARIE :
    Mon fils, il ne te suffit pas de connaître les pensées de Jésus pour aussitôt vivre de sa vie. Il te faut en même temps combattre et dompter les ennemis qui s’opposent à la vie de Jésus en toi.
    Or sache que le plus dangereux de ces ennemis, c’est toi-même.
    Tu voudrais ne vivre que pour Jésus, et en même temps tu voudrais suivre les tendances de ta nature dépravée. Ne t’y trompe pas : « Nul ne peut servir deux maîtres. » Aussi longtemps que ta nature te dirige, Jésus ne peut régner en toi.
    Il faut donc que tu fasses à cette nature une guerre sans trêve ni merci, jusqu’à ce qu’elle laisse la place entièrement libre à Jésus.
    2. – Dure condition, mais condition inéluctable.
    Combien de mes enfants ai-je vus, jadis pieux, généreux, faits pour arriver à la sainteté et pour exercer autour d’eux une action conquérante ! Hélas ! Parce qu’ils n’ont pas su reconnaître ou combattre leur nature corrompue, ils sont restés dans la médiocrité et n’ont pas réalisé la centième partie du bien qu’ils étaient appelés à faire, si même ils ne se sont pas perdus misérablement, entraînant parfois dans leur chute une foule d’autres âmes !
    3. – Apprends donc à connaître les tendances perverties de ta nature. Elles sont légion, car le péché originel, fortifié par les mauvaises habitudes héritées de tes pères ou contractées par toi personnellement, a vicié toutes les activités de ton corps et de ton âme.
    Cependant, ne t’embarrasse pas de la multiplicité de tes ennemis. Ils obéissent à un chef, et, celui-ci vaincu, tous seront terrassés par le fait ou ne t’opposeront plus qu’une faible résistance. C’est ton penchant dominant qu’il te faut connaître avant tout. Quel est-il ?
    4. – La vanité ? Es-tu avide de louanges, heureux d’en recevoir, même de non méritées ? Te prends-tu à rêver de choses merveilleuses, propres à t’attirer les applaudissements des hommes ?
    5. – L’orgueil ? As-tu une haute idée de ta valeur et t’arrive-t-il de mépriser les autres ? Les traites-tu avec hauteur, dureté ou colère, ceux surtout qui ne s’inclinent pas devant ta supériorité ?
    6. – La susceptibilité ? T’irrites-tu des blâmes réels ou supposés, des manques d’attention, même involontaires ? Songes-tu facilement aux torts des autres à ton égard ? Sais-tu leur pardonner ? Es-tu tenté d’abandonner une bonne cause parce qu’on t’a froissé ?
    7. – L’ambition ? Cherches-tu à te pousser ? Est-ce ta gloire ou la gloire du Christ que tu désires ? Ne peux-tu te dévouer à une cause que comme chef, et te retires-tu quand il te faudrait servir comme simple soldat ?
    8. – L’envie ? Ne peux-tu souffrir que d’autres réussissent aussi bien que toi ? Te réjouis-tu de leurs échecs ?
    9. – L’inconstance ? Es-tu le jouet de tes impressions, tantôt enthousiaste et prêt à tous les sacrifices, tantôt déprimé au point d’être indifférent à tout ? T’arrive-t-il de commencer une foule de choses et de n’en finir aucune ?
    10. – La légèreté ? Te livres-tu trop facilement aux objets extérieurs, as-tu de la peine à te recueillir au-dedans, à donner aux choses sérieuses l’importance qu’elles méritent ?
    11. – La sensualité ? Est-ce que tu flattes ton corps, te préoccupes-tu de lui donner toutes les satisfactions qu’il réclame par rapport à la nourriture, à la boisson, au repos, – ou à d’autres tendances plus basses encore ?
    12. – La paresse ? As-tu peur de l’effort, négliges-tu ton travail, recules-tu devant le moindre sacrifice ?
    13. – L’égoïsme ? Ne songes-tu qu’à toi ? Sais-tu que les autres ont aussi des droits, et qu’au besoin tu dois te gêner plutôt que de les gêner ?
    14. – En t’examinant, tu découvriras en toi les indices d’un grand nombre de ces tendances désordonnées. Et sans doute tu as les germes de toutes les mauvaises tendances, mais toutes ne sont pas dominantes.
    Quelle est celle qui te semble la plus forte et la plus pernicieuse, celle qui est la cause la plus ordinaire de tes chagrins, de tes préoccupations, de ta mauvaise humeur ou de tes joies ?
    Quand tu te surprends à rêver, est-ce une pensée de vanité, de vengeance ou de sensualité qui t’occupe ?
    D’où viennent les distractions qui te Plaisent le plus et dont il t’est le plus difficile de te débarrasser ?
    Que t’ont reproché tes parents, tes maîtres, tes amis ou les personnes irritées contre toi ?
    Quelle est la tendance à propos de laquelle tu dirais : Si je n’étais pas comme ceci ou comme cela, je m’en tirerais beaucoup mieux avec le Bon Dieu et avec les hommes ?
    15. – Sois très sincère dans ton examen, et prie pour obtenir la lumière d’en haut. C’est qu’on se trompe fort aisément dans cette matière, en prenant pour défaut dominant un défaut plus apparent mais peu profond, ou un défaut plus facile à sacrifier. Car les hommes tiennent beaucoup à leur défaut dominant : c’est un compagnon avec lequel ils sont nés, ont été élevés et ont toujours vécu, et qui leur a procuré de constantes satisfactions. Parfois même ils le prennent pour leur qualité maîtresse. Et sans doute chacun s’aime bien soi-même ; mais il faut avoir le courage d’aimer Jésus plus que soi.
    Ose reconnaître en toute simplicité ce que tu dois lui sacrifier en toi.
    Ne crains pas : en renonçant à une vaine idole, tu posséderas le vrai Dieu ; en mourant à ta nature viciée, tu vivras de la vie de Jésus.

    LE FIDÈLE :
    Vive Jésus à tous mes dépens ! « Il faut qu’Il croisse et que je diminue »

    CHAPITRE V : REMPLACE TES DISPOSITIONS PAR CELLES DE JÉSUS

    MARIE :
    Mon fils, c’est une tâche difficile de reconnaître ton grand ennemi ; c’est une tâche mille fois plus difficile de T’exterminer. Seul tu n’y arriverais jamais ; mais tiens-toi près de moi et tu triompheras.
    2. – Commence par te bien rendre compte des différentes manifestations de ta tendance dominante, des formes variées, ouvertes ou déguisées, qu’elle revêt, des circonstances où elle te cause le plus de dommage.
    3. – Puis entreprends contre elle une lutte impitoyable.
    Dans la lutte contre les défauts, on peut suivre une double tactique :
    Certains portent toute leur attention à surveiller les diverses manifestations de leurs défauts, pour les noter, les compter, les comparer, et s’efforcer chaque jour d’en réduire le nombre.
    Tactique de nature à produire de bons résultats si elle est suivie avec persévérance.
    Mais tactique qui, seule, risque de devenir fastidieuse et de préparer parfois de douloureuses surprises. Car après avoir cessé, pendant quelque temps, cette surveillance de tous les instants du défaut à extirper pour porter son travail spirituel sur un autre point, on s’aperçoit souvent que l’ancienne tendance est toujours là, tout aussi vivace qu’auparavant, quoi qu’elle apparaisse peut-être sous une forme un peu différente. On a coupé les mauvaises herbes à mesure qu’elles sortaient de terre, mais, faute d’avoir arraché les racines et d’avoir remplacé l’ivraie par des plantes utiles, on les voit repousser tout aussi drues qu’auparavant.
    4. – Je vais t’enseigner une tactique plus facile et plus efficace, qui pourra, sinon remplacer l’autre tactique, du moins la compléter.
    Etudie en Jésus la vertu directement opposée à ta tendance dominante. Es-tu orgueilleux ? Considère son humilité. Es-tu irascible ? Contemple sa douceur. Es-tu égoïste ? Admire sa volonté de s’oublier et de se sacrifier pour les hommes. Es-tu sensuel ? Médite sa passion.
    5. – Sers-toi de tes entretiens quotidiens avec Jésus pour étudier en lui la disposition qui te manque. Vois ce que Jésus pensait, sentait, disait et faisait. Aime cette disposition de ton Modèle remplis-toi d’enthousiasme pour elle.
    Puis compare-la avec la tienne.
    Demande à Jésus, par moi, de te changer en lui.
    Dans tes Communions sacramentelles et spirituelles, prie-le de te faire vivre de sa vie.
    6. – A travers la journée, tu te rappelleras la pensée de Jésus doux, humble, patient, suivant la disposition de son âme que tu veux reproduire.
    Tu te la rappelleras en particulier dans les moments où ta mauvaise tendance cherche à se réaffirmer. Au lieu de faire de pénibles efforts pour lui résister, regarde paisiblement ton Modèle : « Jésus, que penseriez-vous, que feriez-vous à ma place? Venez me faire vivre de votre vie. » Et Jésus commandera aux flots soulevés et il se fera un grand calme dans ton âme.
    7. – A force de regarder Jésus et de l’attirer en toi par tes supplications, tu arriveras peu à peu à te détacher de cette tendance à laquelle tu tenais si fortement, pour n’avoir plus d’autres dispositions que celles de Jésus.
    Cependant défie-toi d’un ennemi qui pourrait te surprendre quand tu te croirais en parfaite sécurité. Examine de temps en temps, ne fût-ce que par un rapide coup d’oeil, s’il ne cherche pas à renaître sous une forme nouvelle.
    8. – Mon Fils t’a recommandé d’imiter ta Mère. Après les dispositions de Jésus, contemple les miennes. Quand tu te demandes, à propos d’un défaut à déraciner ou d’une vertu à acquérir, ce que je pensais, sentais ou faisais, ou ce que je ferais à ta place, c’est encore Jésus que tu apprends à mieux connaître et à reproduire.

    LE FIDÈLE :
    O Marie, apprenez-moi Jésus pour que je ne vive que de sa vie.

    CHAPITRE VI : TROIS MOYENS DE SUCCÈS

    MARIE :
    Mon fils, pour avancer plus vite le travail de ta transformation en Jésus, il te faut procéder avec méthode. Je vais t’indiquer trois moyens très propres à t’aider dans cette tâche.
    Revue quotidienne
    2. – D’abord, trouve chaque jour, de préférence vers le milieu de la journée, un moment pour faire une petite revue de ton travail spirituel.
    Examines-y ce que tu as fait depuis le commencement de la journée pour vivre de la vie de Jésus par rapport à telle de ses dispositions, et ce que tu comptes faire jusqu’à la fin de la journée.
    3. – Remarque bien les deux points suivants :
    Premièrement, comme je te l’ai déjà expliqué, attache-toi moins à compter le nombre de tes fautes qu’à voir ce que Jésus aurait pensé, senti et fait à ta place dans les différentes circonstances où ta nature viciée s’est encore affirmée : et à prévoir comment tu imiteras ses dispositions la prochaine fois que les mêmes circonstances se présenteront.
    En second lieu, fais de cette revue une conversation avec Jésus et avec moi. Ainsi tu réussiras bien mieux que par une enquête solitaire sur ton travail spirituel. Raconte-nous tes succès et tes insuccès, soumets-nous tes résolutions, demande-nous de t’aider à mieux vivre la vie de Jésus.
    Renouvellements spirituels
    4. – Voici un deuxième moyen, fait pour hâter singulièrement le travail de ton identification avec Jésus.
    Ménage-toi à travers la journée un certain nombre de courts arrêts, un ou deux dans la matinée et autant dans la soirée, suivant que tes occupations s’y prêtent le mieux.
    A ces moments, tu rentreras d’abord un instant en contact intime avec Jésus et avec moi, par une Communion spirituelle, par un mot d’amour et de confiance au sujet de ce qui vient de t’ennuyer ou de te réjouir, ou le rappel d’une pensée de ton dernier entretien avec jésus, etc. L’important, c’est que tu revives un instant de contact avec nous.
    Secondement, tu jetteras un coup d’œil rapide sur ce que tu as fait par rapport à l’imitation de Jésus depuis le renouvellement précédent et tu prévoiras ce que tu feras jusqu’au renouvellement suivant.
    Ainsi tu te maintiendras en haleine dans tes efforts spirituels, et ton union avec Jésus et avec moi ira se resserrant de plus en plus.
    Retraites
    5. – Enfin, il te faudra, à certains intervalles, consacrer un temps plus considérable aux intérêts de ton âme.
    Chaque année, efforce-toi de faire quelques jours de retraite, ou au moins, pendant plusieurs jours, emploie tes moments libres à te tenir dans une intimité plus étroite avec Jésus et avec moi. Tu y méditeras de nouveau les enseignements que nous venons de te donner, tu examineras pourquoi tu n’as pas fait plus de progrès pendant l’année qui vient de s’écouler et par quels moyens tu en réaliseras de plus sérieux pendant celle qui va s’ouvrir.
    6. – Chaque mois, de préférence le premier samedi ou le premier dimanche, tu te recueilleras pendant une partie du temps libre dont tu disposes pour considérer où tu en es de ton travail spirituel et prendre des résolutions plus efficaces pour le nouveau mois.
    7. – Chaque semaine, en un jour déterminé, tu trouveras un moment pour revoir tes efforts de la semaine écoulée et pour préparer ceux de la semaine qui va venir.
    8. – Ce sera une sujétion que la fidélité à ces pratiques. Mais, si tu aimes, cette sujétion te deviendra chère et facile, car elle t’aidera à aimer toujours davantage.

    CHAPITRE VII : TROIS DISPOSITIONS ESSENTIELLES

    MARIE :
    Mon fils, les moyens extérieurs que je t’ai indiqués ne te serviront que dans la mesure où tu y joindras certaines dispositions intérieures. Les mêmes pratiques conduisent certaines âmes à la sainteté et en laissent d’autres dans la médiocrité.
    « C’est l’esprit qui vivifie. » Écoute ce que cet esprit exige de toi.
    2. – D’abord, de l’abnégation.
    Il t’en faut pour combattre sans merci ton défaut dominant.
    Il t’en faut pour te renoncer en toutes choses afin de ne pas gêner l’action de Jésus en toi.
    Il t’en faut pour t’imposer les efforts nécessaires à la reproduction des dispositions de Jésus.
    3. – Si la piété filiale envers moi ne consistait qu’à m’invoquer, à me chanter et à se réjouir en moi, tu n’aurais guère besoin d’abnégation pour t’y appliquer. Mais elle doit te conduire à l’identification avec Jésus, et ce travail ne peut s’accomplir qu’au prix d’un entier renoncement à toi-même.
    Tu ne peux servir deux maîtres. Le maître, ce sera ou Jésus, ou toi. Il te faut choisir.
    Je puis t’aider à te renoncer, je ne puis t’en dispenser.
    4. – En second lieu, de la constance.
    Je trouve plus facilement cent âmes prêtes à faire un sacrifice héroïque dans un moment de ferveur qu’une seule capable de persévérer tous les jours dans les efforts ordinaires exigés par la fidélité à ses résolutions.
    Que de fois tu seras tenté d’abandonner telle ou telle pratique que je t’ai suggérée ! Restes-y fidèle à tout prix.
    Si tu en supprimes une aujourd’hui sous un bon prétexte, tu la supprimeras demain sous un prétexte quelconque, et puis tu la supprimeras pour toujours sans aucun prétexte.
    Écourte, si cela est nécessaire, ne supprime jamais. Le succès est à ce prix.
    5. – Enfin et surtout, de la générosité.
    Il est deux sortes de générosité.
    La première consiste à donner à Jésus, sans hésitation, non seulement tout ce qu’il exige, mais tout ce qui, même non obligatoire, lui fait plaisir.
    Telle a été générosité pratiquée par ta Mère, et, plus ou moins, par toutes les âmes saintes. Il faudra t’y appliquer de tout ton pouvoir.
    6. – La seconde consiste à réparer régulièrement tes fautes et tes négligences.
    Un manquement t’a-t-il échappé, offre, en compensation, un effort spécial, que tu n’aurais pas fait si tu n’avais rien eu à réparer. Et mets-y tant d’amour qu’après ta réparation tu aimes Jésus autant et même plus que si tu ne l’avais pas contristé.
    7. – La différence entre les âmes médiocres et les âmes saintes ne consiste pas en ce que les premières commettent des fautes et que les secondes n’en commettent jamais – il en échappe aux unes et aux autres mais en ce que les premières se contentent de constater leurs manquements, et que les secondes s’efforcent d’aimer Jésus d’autant plus qu’elles l’ont moins aimé. Pour toi, répare comme les âmes saintes.
    8. – Répare en particulier tes omissions ou négligences par rapport à l’entretien quotidien avec Jésus, aux renouvellements spirituels, à la revue de chaque jour et aux retraites.
    9. – Répare le plus tôt possible. Mieux vaut, en général, une réparation immédiate, quoique courte, qu’une réparation longue, mais remise à plus tard.
    10. – Veux-tu savoir comment t’y prendre pour ces réparations ? Consulte-moi après tes manquements et tes négligences, et je t’apprendrai à faire de chacune de tes fautes une « heureuse faute ».
    Et si tu sais persévérer dans cette disposition généreuse, je te le promets malgré tes péchés, malgré tes défauts, tes tentations et ta faiblesse, je ferai de toi un saint et un apôtre.

    LE FIDÈLE :
    O Marie, toute mon activité, tout mon temps, tout mon être vous appartiennent. Rappelez-moi ma consécration quand je suis tenté de lâcheté, et rendez moi généreux de la générosité des saints.

    CHAPITRE VIII : LE SECRET DU SUCCÈS

    MARIE :
    Mon fils, les pratiques et les dispositions que je t’ai recommandées ne t’amèneront à l’identification avec Jésus qu’à une condition : c’est que tu t’y appliques sous ma direction.
    Jésus te l’a dit : C’est la volonté de Celui, qui m’a établie Mère de son Fils, que nul n’atteint à une parfaite ressemblance avec ce Fils si ce n’est par moi.
    2. – Parfois il arrive que ton ardeur se refroidisse : le travail spirituel devient plus pénible, les progrès se font plus lents puis, c’est l’arrêt ; puis, c’est le recul. Tu essaies- de te ressaisir : mais c’est en vain, et tu perds courage. Quelle est la cause de cette langueur ? Par quel remède la conjurer ? Tu ne sais.
    Sache que la première cause en est invariablement un affaiblissement de ton union avec moi ; et que le premier remède consistera toujours à travailler plus fidèlement sous ma direction.
    Sans moi, tu ne peux qu’échouer ; avec moi, tu ne peux que réussir.
    3. – Veux-tu voir le succès couronner tous tes efforts ? Viens toujours me soumettre ce que tu te proposes de faire pour ne jamais agir qu’en mon nom.
    Consulte-moi en particulier chaque fois que tu prends une résolution. Demande-moi ce que je désire de toi et dis-moi ce que tu te proposes de faire.
    4. – Je ne vais sans doute pas te répondre par une révélation. Mais, si tu viens à moi en toute confiance, dans la sincère disposition d’exécuter ce qui te semblera être ma volonté, tu comprendras d’ordinaire si, oui ou non, j’approuve ta résolution. Si oui, confie-la-moi pour que je t’aide à la réaliser. Si non, prie et réfléchis et soumets-moi une résolution plus précise que je puisse approuver.
    5. – Tu ne m’auras pas consultée de la sorte pendant longtemps – pourvu que tu attendes vraiment ma réponse et ne permettes pas à ton activité de se laisser emporter par ton empressement naturel – sans t’apercevoir que maintenant tu avances plus vite en quelques jours que jadis en plusieurs mois. Et si tu es fidèle à te tourner vers moi un instant avant toutes tes actions, je te dirigerai en tout. Or je ne puis te diriger que vers un seul but : vers Jésus, vers Jésus devenu la vie de ta vie.

    LE FIDÈLE :
    O Marie, Mère du Bon Conseil; éclairez moi, guidez-moi et assistez-moi maintenant et toujours. Ainsi soit-il !

    LIVRE QUATRIÈME : MON SOLDAT

    CHAPITRE I : MA MISSION ET TA MISSION

    MARIE :
    Mon fils, prête l’oreille à ce que je vais te dire, et efforce-toi d’en bien comprendre le sens.
    J’ai un mystère à te révéler, un mystère qui nous concerne tous deux.
    2. – En m’annonçant que le Fils de Dieu désirait naître de moi, Gabriel m’annonçait en même temps que ce Fils de Dieu devenu mon Fils s’appellerait Jésus ou Sauveur, et je comprenais que ce Sauveur voulait m’associer à son œuvre rédemptrice. Je voyais que, par mon consentement à coopérer à la proposition divine, je consentirais à coopérer à la fois au mystère de l’Incarnation et au mystère de la Rédemption.
    Je donnai mon consentement.
    Depuis ce moment jusqu’au dernier soupir de Jésus, je travaillai avec lui au rachat des hommes : en fournissant la substance de la Victime et en élevant cette Victime en vue du sacrifice, en unissant mes supplications et mes souffrances à ses supplications et à ses souffrances, ma volonté à sa volonté, et en offrant mon Fils au Père céleste pour l’immolation suprême. Jésus était Rédempteur : je fus sa corédemptrice.
    3. – Or, – et comprends bien ceci —les vocations et les dons de Dieu sont sans repentance. Le concours que j’ai prêté à mon Fils à Nazareth et au Calvaire, je dois le lui prêter jusqu’à la consommation des siècles.
    Ayant donné Jésus au monde entier au jour de l’Incarnation, je dois le donner à chaque homme en particulier à travers les âges. Coopératrice de Jésus dans l’œuvre de la Rédemption, je dois rester sa coopératrice dans l’application de la Rédemption à chaque âme individuelle. Car la Rédemption n’est pas achevée : il faut que la grâce du salut, méritée à tous sur le Calvaire, soit encore appliquée à chaque homme à mesure qu’il vient en ce monde.
    Voilà ma mission jusqu’à la fin des temps. Avec Jésus j’ai travaillé au rachat universel des âmes ; avec Jésus je dois travailler à leur conversion et sanctification.
    4. – Et pourrait-il en être autrement ? En devenant Mère de Jésus, je suis devenue Mère de tous ceux qui doivent être ses frères. Ne faut-il pas que, en vraie Mère, je veille sur la vie et le salut de ceux que j’ai enfantés ?
    5 – Tu le vois, c’est une mission apostolique que Dieu m’a confiée le jour de mon entrée au ciel. Une mission apostolique universelle, comme l’a été mon action de corédemptrice et comme l’est ma spirituelle maternité.
    6. – Je suis la Reine des apôtres. Je le suis, non seulement parce que j’ai veillé avec une affection maternelle sur les premiers apôtres, non seulement parce que j’obtiens la fécondité à leurs successeurs et que, sans mon intervention, ils seraient impuissants à faire aucun bien aux âmes, mais parce que leur apostolat n’est qu’une participation limitée à l’apostolat universel qui m’a été confié à moi tout d’abord.
    7. – Cet apostolat est une lutte. Il faut que j’arrache chaque âme à Satan pour l’amener à Jésus et au Père.
    Au moment où le séducteur triomphait de nos premiers parents, Dieu lui prédit sa défaite : « Je mettrai des inimitiés entre toi et la Femme, entre ta postérité et la sienne. Elle t’écrasera la tête. »
    Je lui ai écrasé la tête dès mon Immaculée Conception. Mais cette victoire-là n’était que la première d’une série infinie de victoires. C’est jusqu’à la fin des temps que je dois lui écraser la tête. Je suis son irréconciliable adversaire, plus terrible qu’une armée rangée en bataille.
    8. – Dans la lutte pour les âmes, je lui ai infligé des défaites dès les tout premiers temps de l’Église. Depuis cette époque, j’ai détruit toutes les hérésies dans l’univers entier et j’ai ramené dans la voie du salut d’innombrables pécheurs.
    Or Dieu a voulu que de siècle en siècle mon action conquérante devint plus manifeste, et il veut que dans les temps éclate nouveaux elle éclate à tous les yeux avec une force sans précédent.
    9. – Satan semble triompher dans le monde. Ne crains pas : à cause même de sa puissance croissante, Dieu veut que je paraisse plus ouvertement pour lui écraser la tête. Une immense victoire m’est réservée. Mon règne doit s’établir dans le monde entier pour qu’arrive plus pleinement le règne de mon Fils.
    N’as-tu pas remarqué que, depuis la proclamation de mon Immaculée Conception, du mystère de ma première victoire sur l’enfer, Jésus est beaucoup mieux connu, aimé et servi ? Que sa personne, son Eucharistie, son Sacré-Cœur, sa royauté, sont entourés d’un culte ardent et dévoué tel qu’on n’en a vu de pareil depuis de longs siècles ? Il faut que son règne n’ait pas de fin, selon la prédiction que me fit Gabriel. Mais maintenant comme alors, c’est moi qui dois donner au monde son Roi.
    Le dernier âge de l’Église sera, par excellence, mon âge. On verra des merveilles opérées par moi et pour moi. On verra Satan broyé par le talon d’une Femme comme il ne l’a jamais été. On verra l’Église manifestant une fécondité et une puissance conquérante qu’elle n’a jamais connues. On verra Jésus régner sur des multitudes toujours croissantes et acclamé par ceux-là mêmes qui le combattaient avec acharnement.
    10. – Voilà ma part dans le mystère que je voulais te révéler.
    Et voici la tienne.
    Dieu a décidé d’associer les hommes, certains hommes en particulier, à l’exécution de ses œuvres d’amour, et de la fidélité de ces hommes à leur vocation, il fait dépendre le succès de ces œuvres.
    Pour continuer sur terre la mission reçue du Père, Jésus a voulu avoir besoin du concours de ses apôtres et de leurs successeurs. De même, pour accomplir ma mission conquérante dans le monde, j’ai besoin d’auxiliaires et de soldats.
    Quand verra-t-on les merveilles que j’ai annoncées ? Quand mes enfants comprendront mon rôle apostolique et consentiront à combattre à mes côtés et sous mes ordres.
    11. – Toi, tu as compris ce rôle. Veux-tu être mon soldat ? Veux-tu m’aider à arracher à Satan mes enfants pour les amener à Jésus ? Veux-tu avoir part à la victoire qui m’est réservée ?
    A la suite de ton divin Modèle, tu t’es donné tout à moi. Tu m’as consacré ton corps, ton âme, toute ton activité. Maintenant que tu comprends l’emploi que je veux faire -de ta personne et de ton activité, voudrais-tu rétracter ta consécration ?
    12. – Dans la piété filiale envers moi, tu ne voyais d’abord que l’attitude de l’enfant sur les genoux de sa mère. Et voici que je te mène sur un champ de bataille. Jésus n’a-t-il été mon Enfant que dans l’intérieur de Nazareth ? Ne l’a-t-il pas été tout autant au moment où il détruisait l’empire du prince de ce monde et rachetait le genre humain ? N’est-il pas devenu mon Fils précisément afin de devenir le Sauveur des hommes ?
    Il t’a appelé à être, toi aussi, mon fils de prédilection afin de devenir, toi aussi, un sauveur d’âmes. Ou tu seras apôtre, ou tu renonces à être mon fils de prédilection.

    LE FIDÈLE :
    O Marie, je suis tout à vous, et tout ce qui m’appartient vous appartient.
    Pour vous et sous vous, je veux travailler, combattre, souffrir et mourir. Maria duce! sera mon cri de guerre.

    CHAPITRE II : LE FEU SACRÉ

    MARIE :
    Tu es résolu à être mon apôtre, mais tu te demandes comment, dans ta situation, tu pourras l’être. Si tu n’es pas revêtu du sacerdoce, tu n’as pas reçu la mission de prêcher.
    2. – Regarde autour de toi. Vois-tu ces propagateurs de doctrines subversives, qui se succèdent périodiquement dans le monde et qui, en quelques années, gagnent des millions d’adeptes ? De quel sacerdoce sont-ils revêtus ? Qui leur a donné la mission de prêcher ? Pour arriver à leur fin, beaucoup d’entre eux ont dû braver les railleries, les persécutions, la prison, parfois même le bûcher ou l’échafaud. Mais ils s’étaient faits les apôtres passionnés d’une idée – d’un mensonge inventé par Satan – et ils ont réussi.
    Et toi, l’apôtre du Christ et de sa Mère, tu te demandes comment tu pourrais réussir !
    3. – N’objecte pas que ces semeurs d’erreurs ont la partie facile, parce qu’ils n’ont, pour se faire applaudir, qu’à flatter les passions. Tu as de plus puissants moyens de succès : tu as, pour satisfaire aux aspirations profondes de l’humanité, la doctrine de la vérité qui délivre, du bonheur qui rassasie, du Dieu inconnu qu’elle appelle de ses vœux ; tu as, pour te soutenir, la toute-puissance du secours divin.
    4. – Les premiers prédicateurs du Christ auprès des Juifs et des païens flattaient-ils les passions de leurs auditeurs ? Ne prescrivaient-ils pas à leurs disciples d’austères renoncements, avec l’obligation d’être prêts à subir la persécution, la prison, le glaive et le feu ? Et cependant ils convertirent avec une merveilleuse rapidité d’innombrables multitudes. C’est que le feu sacré de l’apostolat brûlait en eux.
    Ah ! Si ce feu avait brûlé avec la même intensité dans leurs successeurs : depuis de longs siècles le nom de mon Fils eût été prêché à toute créature !
    5. – C’est ce feu sacré qu’il te faut allumer dans ton âme. Comment ? Où ? Viens, suis-moi sur le Calvaire. Mets-toi à côté de moi en face de Jésus crucifié. Vois son corps frissonnant sous d’affreuses tortures ; vois surtout son âme en proie à une agonie mille fois plus affreuse. Qu’est-ce qui la remplit de cette infinie désolation ? C’est, pour une grande part, la vue des hommes pour qui il verse son sang et qui ne profiteront pas de sa passion. Qui n’en profiteront pas, sans doute parce qu’ils résisteront à la grâce, mais aussi parce que ceux qui devraient continuer près d’eux l’œuvre rédemptrice n’en ont point pris souci.
    6. – Écoute ! Jésus ouvre la bouche « Femme, voilà ton fils ; voilà ta Mère. » C’est à moi et à toi qu’il parle.
    Sonde, mon fils, la profondeur de ma douleur. Pourquoi un tel martyre ? A cause des tourments qui torturaient le corps de Jésus ; à cause surtout de l’agonie de son âme. Parce qu’avec lui je contemplais ces multitudes d’hommes que j’étais. en train de mettre au monde avec la perspective de les voir se damner…
    7. – « Femme, voilà ton fils ! Il t’aidera, lui, à sauver tes enfants qui, sans lui, s’en allaient dans l’éternelle damnation. Il te ramènera ces pauvres égarés. Il t’assistera dans ta mission apostolique et il nous consolera tous deux. »
    As-tu compris les intentions de Jésus ? Ah ! Que le spectacle du Calvaire te hante et te poursuive sans relâche ! Que le cri du Christ mourant, que les gémissements de ta Mère résonnent nuit et jour à tes oreilles !… Alors tu sauras être apôtre.
    8. – Écoute encore ! « J’ai soif ! soif dans mon corps ; soif surtout dans mon cœur. Me les donnera-t-il, ces âmes, celui qui me remplace auprès de ma Mère ? »…

    LE FIDÈLE :
    O ma Mère, faites que jamais je n’oublie mes trois amours : Jésus, Marie, les âmes !

    CHAPITRE III : LA PRIÈRE APOSTOLIQUE

    MARIE :
    Mon fils, sais-tu qu’en n’importe quelle situation tu disposes d’une arme apostolique souverainement efficace, la prière ?
    Tu crois, sans doute, qu’on peut travailler au salut des âmes en priant tout comme en prêchant. Tu admets que la prière est une consolante suppléance de l’action pour les vieillards, les infirmes, pour tous ceux qui ne peuvent se livrer aux œuvres extérieures de zèle.
    Cependant, que tu es loin de comprendre l’efficacité apostolique de la prière !
    2. – La prière n’est pas un substitut de l’action directe ; elle est une arme apostolique dont l’efficacité dépasse incomparablement celle de toute activité extérieure.
    Jésus a prêché pendant trois ans ; il avait d’abord prié pendant trente ans, et pendant les trois années de son apostolat extérieur, non seulement il passait des nuits en prière, mais constamment, au fond de son âme, il s’entretenait avec le Père, cependant que ses lèvres instruisaient les hommes.
    Avec lui, j’ai coopéré au rachat du monde. Je n’ai pas prêché ; je n’ai pas dirigé l’Eglise, je n’ai pas fait de miracles ; mais j’ai prié et j’ai souffert.
    Et comme moi, Joseph a prié et souffert ; et sans jamais prononcer une parole qui fût consignée dans un livre, il a fait plus pour la conversion des hommes que Jean et Pierre et Paul.
    Scrute la vie des hommes apostoliques tous les grands convertisseurs d’âmes ont été des hommes de prière.
    3. – Malheur à l’apôtre qui ne prie pas ! Airain sonnant, cymbale retentissante, il se dépense et se fatigue et peut-être se perd sans faire de bien aux âmes. Et si, cependant, son activité semble produire des fruits de salut, ces fruits sont dus aux supplications d’une âme qu’il ignore et qui s’ignore ; il n’en aura aucune récompense.
    4. – Ne vois-tu pas qu’il est impossible qu’il en soit autrement ? Convertir, sanctifier ou sauver une âme, c’est une œuvre surnaturelle : avec du naturel, peut-on faire du surnaturel ?
    Le surnaturel est le fruit de la grâce, et la grâce, le fruit de la prière. Plus on prie, plus on produit de surnaturel.
    5. – Dieu veut les œuvres là où elles sont possibles, comme il veut le signe sensible pour produire la grâce sacramentelle. Mais, de même que toute l’eau de l’océan est impuissante, par elle-même, à laver l’âme d’un petit enfant, ainsi toutes les œuvres extérieures sont impuissantes à convertir ou à sanctifier un seul homme.
    Il faut que la parole du prêtre accompagne l’infusion de l’eau sur le front du nouveau-né ; il faut que la prière de l’apôtre accompagne son action extérieure.
    La prière peut même remplacer tout à fait cette action là où celle-ci est impossible, de même que là où le baptême d’eau est impossible, le baptême de désir peut y suppléer.
    6. – Dieu n’est-il pas tout-puissant Ne dispose-t-il pas d’une infinité de moyens pour faire parvenir aux âmes la grâce du salut ? Il peut donner une efficacité merveilleuse à une parole toute simple ; il peut faire trouver dans un mot lu ou entendu, et peut-être mal compris, dans un malheur subit, dans un événement tout ordinaire, la leçon qui éclaire, touche et convertit ; il peut même faire servir ses ennemis à l’exécution de ses desseins miséricordieux. Le prophète Balaam fut envoyé pour maudire Israël, et au lieu de malédictions, il proféra des bénédictions.
    Ce qui manque à l’apostolat, ce sont bien moins les œuvres que la prière apostolique.
    7. – As-tu compris cette leçon ?
    Si oui, t’efforces-tu d’être apôtre plus par la prière que par l’action extérieure ? Songes-tu tous les jours à prier dans des vues apostoliques ?
    Quand tu veux gagner une âme, tu réfléchis aux démarches à entreprendre et aux choses à dire, et tu fais bien ; mais t’appliques-tu plus encore à prier ? et attends-tu le succès de ton entreprise plus du Dieu que tu pries que de ton habileté et de ton pouvoir de persuasion ?
    8. – Prie, prie, et apprends à multiplier les prières pour la conversion et la sanctification des âmes.
    A chacune de tes prières et de tes communions, ajoute une intention apostolique.
    Transforme tes actions et tes souffrances en prières en les offrant à Dieu par mes mains pour telle fin particulière, suivant mes intentions.
    Joins à tout cela l’offrande de toutes les messes qui se diront dans l’univers entier pendant la journée.
    9. – Prie pour tes parents et pour tous ceux qui te sont chers.
    Prie pour l’Eglise, pour le Pape, les évêques, les prêtres et pour tous les missionnaires et apôtres.
    Prie en particulier pour ceux qui, comme toi, se sont rangés sous ma bannière pour bâter l’avènement du règne de Jésus par l’avènement de mon règne.
    Prie pour ceux à qui tu as cherché à faire du bien pour que ce bien demeure.
    Prie pour ceux à qui tu aurais dû faire du bien pour que ta prière répare ta négligence.
    Prie pour ceux que tu rencontreras dans la journée, pour que tu leur fasses tout le bien que tu es appelé à leur faire.
    10. – Prie avant l’action, pour que Dieu lui donne tout le succès qu’il lui souhaite. Prie quand elle s’annonce difficile, afin que ta prière supplée à ton impuissance. Prie quand elle semble facile, de peur que, t’appuyant sur ton habileté naturelle, tu ne produises aucun fruit surnaturel.
    Prie pendant l’action, pour que Dieu continue à agir par toi.
    Prie après l’action, pour remercier Dieu quand tu as réussi ; ou pour que le bien se fasse tout de même quand tu sembles avoir échoué, sachant que, plus Dieu te force à prier, plus il veut te donner de succès.
    Prie et ne cesse de prier, et tu feras des merveilles par moi et pour moi.

    LE FIDÈLE :
    O vous dont la vie fut une incessante prière pour la gloire du père, la mission du Fils et le salut de vos enfants, apprenez-moi à prier.

    CHAPITRE IV : LA SOUFFRANCE RÉDEMPTRICE

    MARIE :
    Mon fils, écoute et comprends. Je veux t’enseigner une doctrine d’autant plus difficile à saisir que tu t’imagines la connaître depuis longtemps : la doctrine du salut par la croix.
    Tous ceux qui s’occupent d’apostolat chrétien savent que la souffrance joue un rôle capital dans le rachat des âmes ; que c’est par sa passion et sa mort que Jésus a délivré le monde ; que, pour être corédemptrice, j’ai dû devenir la Mère des Douleurs ; et que tous les grands apôtres ont passé par de grandes tribulations.
    Mais, quand la souffrance vient les visiter eux-mêmes, ils ne se souviennent plus de sa signification ; ils s’étonnent et se découragent. Pour eux comme pour les Juifs, la croix est restée un sujet de scandale. Pensent-ils donc participer à l’action rédemptrice du Christ sans participer aussi à sa passion rédemptrice ?
    2. – Quant à toi, regarde en face la croix qui t’attend.
    Il faudra t’imposer de durs sacrifices. Il te faudra travailler, peiner, te dépenser, t’épuiser au service des âmes. Et cela, non seulement pendant quelques heures ou quelques jours, mais aussi longtemps qu’il y aura des âmes à sauver ; non seulement dans les moments d’enthousiasme et de succès, mais parmi les difficultés et les dégoûts.
    Et il faudra te charger de volontaires immolations, il faudra te faire victime à la place des âmes à racheter ; et plus tes efforts paraîtront stériles ou ardus, plus il te faudra y joindre de mortifications et d’expiations.
    3. – Es-tu prêt à embrasser cette croix ? Peut-être.
    Mais voici une autre croix, bien plus difficile à porter, parce que tu ne te l’imposes pas toi-même et qu’elle est déconcertante.
    On se méprendra sur tes intentions, on se raillera de tes projets, on blâmera ton activité. Ceux qui devraient t’aider se désintéresseront de tes œuvres ou s’appliqueront à détruire ce que tu auras essayé d’édifier ; ceux qui devraient t’encourager te désavoueront et arrêteront tes entreprises. On te suscitera toutes sortes d’obstacles et l’on proclamera avec joie qu’on avait prédit tes insuccès.
    La croix que tu choisis de toi-même, tu la portes avec allégresse ; la croix que la maladie ou la pauvreté t’imposent, tu arrives à t’y résigner ; mais la croix que l’ignorance, la sottise ou la méchanceté des hommes te préparent, celle-là risque de te révolter.
    Et cependant c’est celle-là qui contient le plus de vertu rédemptrice.
    4. – Regarde Jésus. La souffrance par laquelle il t’a sauvé, est-ce celle qu’il s’est imposée lui-même ? N’est-ce pas celle que lui ont préparée l’ignorance, la sottise et la méchanceté des hommes, de ceux-là même qui, par leur fonction et leur profession, auraient dû l’aider dans l’œuvre du salut de leur nation ?
    5. – Ne t’étonne pas si le démon s’attache à détruire tes entreprises. C’est à moi qu’il s’attaque en s’attaquant à mes soldats. Garde intacts ta confiance et ton courage. Sa défaite n’en sera que plus complète : je lui ai écrasé la tête et la lui écraserai toujours.
    6. – Cependant comprends que ce n’est pas par elle-même que la souffrance est libératrice : elle ne l’est qu’unie à celle de Jésus.
    Il en est de ta souffrance comme de ta personne : par toi, tu n’es qu’un pauvre pécheur ; uni à Jésus, tu participes à la nature divine. De même la souffrance toute nue est stérile ; mais jointe à la souffrance de Jésus, elle participe à l’efficacité divine de la sienne.
    7. – Quand la douleur te visite dans ton apostolat, viens te serrer plus près de moi. Ensemble nous monterons sur le Calvaire. Là, près de la croix du Rédempteur, tu comprendras l’infinie valeur de cette souffrance qui te déconcertait et t’écrasait. Même la souffrance que te prépare la sottise ou la malignité humaine te deviendra douce. Tu y verras, non plus les hommes qui te l’envoient, niais Jésus et ta Mère qui te convient à partager leur mission rédemptrice, et les âmes qu’elle te permet de sauver…
    8. – C’est une doctrine bien austère que je te prêche, mon enfant, mais une doctrine de foi, et d’amour et de victoire.
    Ai-je trop présumé de toi en te croyant capable de la comprendre ?

    LE FIDÈLE :
    0 Mère, vous connaissez ma lâcheté et ma peur de la souffrance ; mais vous connaissez aussi mon désir de vous aimer et de vous assister dans votre mission.
    Quand l’épreuve fondra sur moi, vous me soutiendrez, et alors je serai capable de souffrir tout ce que vous voudrez, parce que vous le voudrez, quoi qu’il m’en coûte.

    CHAPITRE V : LA PRÉDICATION PAR LA VIE

    MARIE :
    Mon fils, à l’apostolat indirect, quoique merveilleusement fécond de la prière et de la souffrance, il te faut joindre l’action directe de l’âme sur l’âme.
    Tu songes à l’apostolat de la parole. Il est important ; mais il en est un autre qui doit le précéder, l’accompagner et le suivre : l’apostolat de la vie.
    2. – Tu n’auras pas besoin d’une longue expérience pour constater que sur certaines âmes la parole, même la plus éloquente, demeure sans effet.
    La parole n’est féconde que si elle est reçue dans une âme disposée à l’accueillir. Si elle tombe sur un sol pierreux, ou parmi les ronces et les épines, comment porterait-elle du fruit ? C’est l’exemple de ta vie qui dispose les âmes à recevoir ta parole.
    Un acte, un geste, un regard, un sourire, souvent fait plus de bien qu’un long discours.
    3. – Fais estimer en ta personne la religion que tu professes.
    Montre-toi toujours digne, dans le sentiment de ta grandeur chrétienne et dans la conscience du Dieu présent en toi. Que près de ta personne les hommes éprouvent, comme dans le voisinage d’un sanctuaire, l’impression de quelque chose de mystérieux qui habite là.
    Que ta vertu soit au-dessus de tout soupçon, au milieu de l’universelle corruption.
    Sois honnête et intègre, alors qu’autour de toi on ne songe qu’à s’enrichir aux dépens du prochain.
    Sois droit et sincère, encore que le mensonge et la dissimulation soient passés en loi quasi universelle.
    Sois consciencieux et fidèle à ton devoir parmi ceux mêmes qui paraissent avoir perdu jusqu’à la notion du devoir et de la conscience.
    Que ceux qui ne partagent pas ta foi, que ceux mêmes qui la combattent soient obligés de lui rendre hommage en rendant hommage à la conduite qu’elle t’inspire.
    4. – Montre-toi tel que tu es, sans ostentation, mais aussi sans respect humain.
    De quoi rougirais-tu ? De posséder la vérité quand les autres ne connaissent que l’erreur ? – D’avoir le sentiment de ta dignité quand les autres se laissent asservir par de dégradantes passions ? —D’être le disciple du Christ et le soldat de sa Mère ?
    Craindrais-tu de n’être pas estimé par ceux qui pensent ou agissent différemment de toi ? N’as-tu jamais vu que les hommes, même les plus pervers, estiment ceux qui osent avoir des convictions personnelles, et ceux qui osent conformer leur conduite à leurs convictions ?
    Sois chrétien sans peur et sans reproche ta conduite sera une prédication de tous les instants.
    5. – C’est beaucoup que de faire estimer en toi la doctrine du Christ. Mais va plus loin : fais-la aimer.
    Intéresse-toi aux autres ; rends-leur tous les services que tu peux ; écoute leurs plaintes, soulage leurs misères, panse leurs plaies, assiste-les dans leur labeur, sois obligeant et aimable envers tous ceux qui t’approchent ; fais-toi tout à tous et tu les gagneras tous au Christ.
    S’ils se sentent plus heureux grâce à toi, ils finiront par aimer les idées qui t’ont fait source de bonheur.
    Que près de toi, ils comprennent mieux l’amour, et ils comprendront mieux Dieu, même s’ils n’en connaissent pas le nom. Car Dieu, ce n’est pas un nom ; Dieu, c’est l’amour. En s’ouvrant à l’amour, ils s’ouvrent à Dieu.
    6. – Pour arriver à te faire tout à tous, il ne faut pas regarder dans les hommes leurs qualités ou leurs défauts, leurs vertus ou leurs vices, leurs actions bonnes ou mauvaises ; il faut voir en eux le prix du sang de Jésus et de mon immense douleur. Aime-les de l’amour même dont les aiment leur Rédempteur et leur Mère, et tu sauras les gagner à l’amour, et, par l’amour, à Dieu.

    LE FIDÈLE :
    O Mère, j’ai vu plusieurs de vos enfants dont la vie est une prédication constante. Et moi, si souvent, je choque ceux qui m’entourent ! Avec vous je veux m’efforcer désormais de prêcher moi aussi Jésus par ma conduite. Faites qu’en me voyant on se sente plus près de lui !  

    CHAPITRE VI : LA PAROLE DE SALUT

    MARIE :
    Mon fils, apprends à parler en apôtre, pour répandre l’esprit du Christ autour de toi.
    Ne dis pas : « Je n’en ai pas l’occasion. » L’occasion existe, il faut la découvrir ; et si elle n’existe pas, il faut la créer.
    Enfant de la lumière, faut-il que je t’envoie prendre des leçons chez les enfants des ténèbres ? Eux, ils savent trouver partout des occasions de semer leurs doctrines perverses : dans l’intimité d’une conversation, dans la rue, dans l’atelier, en voyage, dans leurs passe-temps même. Ce qu’ils peuvent pour perdre les âmes, ne le peux-tu pour les sauver ?
    Prends garde : si tu te crois impuissant, ce qui te manque, ce ne sont pas les occasions, c’est le feu sacré de l’apostolat.
    Viens le rallumer au Calvaire, et tu trouveras les occasions de le répandre.
    2. – Pour parler en apôtre, il n’est pas nécessaire de prêcher.
    Parle en toute rencontre suivant tes convictions chrétiennes : à propos des personnes, des choses, des événements, pense les pensées du Christ et ose exprimer tes pensées.
    Discute rarement, n’humilie jamais. Expose simplement tes idées.
    Par elle-même, la vérité est attrayante, car c’est la vérité qui délivre. Par elle-même, elle est conquérante, car sa splendeur sollicite l’adhésion.
    Ne pense pas qu’il faille d’ordinaire faire de longs discours : une courte explication, un conseil discret, une seule réflexion, parfois une simple interjection, peut suffire pour allumer la lumière dans une âme sincère.
    3. – Ce qui persuade, ne l’oublie pas, ce sont moins tes raisons que ta personne.
    Parle simplement, mais courageusement : tu possèdes l’infaillible vérité.
    Qu’on te sente profondément convaincu de ce que tu dis : on te croira facilement si tu conformes toujours ta conduite à ta parole.
    Qu’on te voie préoccupé, non de remporter une victoire, mais de faire du bien à ceux qui t’écoutent.
    Instruis-toi sans cesse de la doctrine du Christ, pour pouvoir mieux la vivre et mieux lui rendre témoignage.
    Deviens une valeur professionnelle : si l’on te sait compétent dans ton métier ou ton art, on te supposera compétent dans ta doctrine.
    4. – Ce n’est que par un long apprentissage qu’on devient habile à manier la parole apostolique.
    Avant chaque conversation, demande-moi de t’inspirer ce que tu dois dire.
    Après la conversation, examine devant moi si tu as réussi à rendre quelqu’un ou meilleur ou plus heureux, et vois comment tu pourras avoir plus de succès une autre fois.
    Plus tu t’appliques à te laisser diriger par moi dans cet apprentissage, plus rapides et plus parfaits seront tes progrès : c’est pour moi et par moi que tu dois devenir apôtre.

    LE FIDÈLE :
    Marie, je le confesse, je n’ai guère cherché à répandre la doctrine de votre Fils, parce que, dans mes rapports avec les hommes, je me préoccupais de moi seul. Désormais je penserai à Jésus et aux âmes. Je vous invoquerai avant de parler et vous me dicterez ce qu’il faudra dire.

    CHAPITRE VII : LA FORCE DANS L’UNION

    MARIE :
    Mon fils, ne reste pas un isolé.
    Associe-toi avec ceux qui ont les mêmes aspirations apostoliques que toi.
    En voulant garder au fond de ton âme le feu sacré de l’apostolat, tu l’étoufferas.
    En parlant avec les autres de vos communes idées et de vos communes aspirations, tu rendras celles-ci plus ardentes en toi-même et en eux.
    L’union fera autre chose qu’enflammer votre commun zèle : elle lui donnera une force incomparable.
    Quand tu travailleras avec un autre, tu ne seras pas deux fois plus fort : tu le seras dix fois plus. Et quand vous serez un bataillon bien uni, marchant sous ma bannière, vous serez invincibles.
    2. – Où trouveras-tu ces compagnons d’armes animés des mêmes vues que toi ? Cherche et tu trouveras.
    Peut-être en est-il autour de toi, tout prêts à t’accueillir dans leurs rangs : joins-toi à eux.
    S’il t’est possible de t’enrôler dans une de mes Congrégations, n’hésite pas. Dans le passé, toutes celles qui ont compris qu’elles étaient, non de pures associations de piété, mais une milice s’avançant au nom de la Femme qui doit écraser la tête du serpent, ont remporté d’éclatantes victoires. Et dans l’avenir, de plus éclatantes victoires leur seront réservées à mesure qu’elles se rendront mieux compte de ma mission et de leur mission.
    Peut-être n’y a-t-il près de toi que des individus isolés. Découvre, parmi eux, ceux qui sont capables de te comprendre.
    Souvent, dans un milieu, plusieurs âmes existent ayant les mêmes tendances mais se croyant chacune seule de son espèce. Quand, après des mois ou peut-être des années, le hasard d’une conversation les a révélées l’une à l’autre, elles sont tout étonnées de s’être prises si longtemps pour des étrangères, alors qu’elles étaient sœurs.
    Essaie de parler aux autres de ce qui te tient à cœur, et tu verras quelle réponse tes ouvertures provoqueront.
    3. – Tu ne trouveras peut-être pas tout d’abord ceux qui peuvent partager ton idéal. Tes meilleurs collaborateurs ne seront pas toujours ceux qui répondront les premiers et avec le plus d’enthousiasme à tes avances : le jugement, la volonté, la générosité, l’aptitude à se dévouer valent mieux que de promptes ferveurs.
    Ne dis pas : « Il n’y a rien à faire dans ce milieu. Tous ceux qui m’entourent sont également indifférents. » Il est des noblesses qui se cachent ; il est des générosités qui s’ignorent. A toi de leur faire prendre conscience d’elles-mêmes. Elles seront tout heureuses de sentir se réveiller au fond de leur être des aspirations vers la perfection et vers le dévouement à une grande Cause.
    4. – Parfois ce sont les hommes qui professent les doctrines les plus opposées aux tiennes qui seront les plus aptes à devenir un jour tes compagnons d’armes. Saul, le persécuteur, ne devint-il pas le grand apôtre du Christ ? Examine moins les paroles et les gestes des hommes que la disposition intime qui les provoque. Une âme d’incroyant sincère, généreuse, ardente, est plus faite pour combattre avec toi les mêmes combats qu’une âme de chrétien sans énergie et sans esprit de sacrifice.
    5. – Il se peut que tu aies à chercher longtemps, à former péniblement, à subir bien des déceptions. Ne te laisse pas abattre. Le Christ a ses élus dans tous les milieux ; cherche jusqu’à ce que tu trouves.
    6. – Vous ne serez d’abord qu’un petit bataillon. Peu importe, si vous êtes unis. Nulle part ce ne sont les majorités qui triomphent, mais les minorités décidées, actives, bien organisées et disciplinées. Avec une doctrine infaillible et merveilleusement féconde, une vertu et une puissance de dévouement sans égale, un idéal infiniment sublime et l’aide toute-puissante du ciel, les catholiques de presque tous les pays auraient plus qu’il ne faut pour vaincre, s’ils savaient s’unir. Mais ils ne le savent pas, et c’est pourquoi dans presque tous les pays ils sont les vaincus. Les ennemis de mon Fils sont divisés sur tous les points de doctrine ; ils ne s’unissent que pour attaquer l’Église. Les catholiques sont unis sur tous les points de doctrine ; ils ne se laissent diviser que dans la défense de l’Église.
    Quand Satan trouve des chrétiens trop désireux de servir Dieu pour se laisser tenter contre la foi ou la vertu, il leur inspire des méthodes d’apostolat diverses, et alors, au lieu de le combattre, ils se combattent les uns les autres.
    N’ont-ils jamais vu que, dans les guerres entre nations, les armées victorieuses sont celles où les soldats et officiers font abnégation de leurs vues personnelles pour exécuter fidèlement un plan d’ensemble, qui peut n’être pas le plus parfait en lui-même ? Que, dans les conquêtes de l’Église, les troupes qui ont toujours remporté les plus vastes succès sont les phalanges des religieux forcés, par leur vœu d’obéissance, à suivre avec une docilité parfaite les directions de leurs chefs ?
    7. – Pour toi, comprends qu’un moindre bien réel vaut mieux qu’un plus grand bien irréalisé ; que la force n’est que dans l’union, et l’union dans l’abnégation ; et qu’il faut préférer le triomphe de la commune Cause au triomphe de ses idées propres.
    Médite cette doctrine, vis-la et prêche-la !

    LE FIDÈLE :
    Mère, je vous le promets, je veux m’employer toute ma vie à grossir votre armée et à la rendre unie, forte et enthousiaste.

    CHAPITRE VIII : « CEUX QUI M’ENSEIGNENT… »

    MARIE :
    Mon fils, Jésus t’a conduit à moi pour que, devenant mon enfant de prédilection, tu deviennes aussi mon apôtre. Tout ce que tu entreprendras sous ma direction, il le bénira. Mais il veut non seulement que tu agisses en mon nom, mais que tu prêches mon nom. Et chaque fois que tu le feras, il attachera à ton apostolat une grâce et une puissance toutes particulières.
    2. – Être apôtre, c’est amener les âmes au Christ, c’est leur donner le Christ. Je suis la voie qui conduit au Christ ; c’est moi qui ai donné le Christ au monde. Veux-tu amener les âmes plus rapidement au Christ, indique-leur exactement la voie qui y mène. Veux-tu leur donner pleinement le Christ, montre-leur Celle qui a mission de le leur donner.
    Souviens-toi de ta propre expérience en dépit de constantes infidélités à la grâce, n’as-tu pas constaté en toi une étonnante transformation depuis que Jésus t’a révélé le mystère de sa piété filiale ? Tu as trouvé la lumière : ne la mets pas sous le boisseau, mais fais-la briller devant les hommes. Le secret de ta vie intérieure sera aussi le secret de ta vie apostolique. Plus tu me feras intervenir ouvertement dans ton action extérieure, plus tu y réaliseras de progrès.
    3. – C’est Jésus qui l’a voulu ainsi. Il pouvait se donner aux hommes directement ; il a décidé de ne se donner à eux que par moi. Dans la prédiction du Paradis, dans les annonces des prophètes, au près de son Précurseur, des bergers de Bethléem, des Mages, de Siméon et d’Anne, à Cana, au Calvaire, il a voulu me manifester aux hommes en se manifestant à eux.
    Et par l’Église, son corps mystique animé de son Esprit, il ne cesse de me prêcher, et d’enseigner, comme la voie naturelle pour le trouver, celle qui va au Fils par la Mère.
    Il t’a appris à imiter sa piété filiale envers moi. Imite ce point spécial de sa piété filiale.
    4. – Je t’ai expliqué comment surtout dans les temps nouveaux Jésus veut glorifier mon nom et, par ma connaissance et mon culte, sanctifier et sauver les âmes. A cette grande victoire qu’il m’a réservée, ceux-là spécialement auront part qui nie manifesteront aux hommes.
    Fais-moi donc connaître autant que tu le peux. Jésus attend cela de toi.
    5. – Et moi aussi je l’attends de toi. J’ai tant d’enfants qui ne connaissent pas leur Mère ou ne la connaissent que très peu. A toi de la leur révéler, pour qu’elle puisse les embrasser eux aussi comme des enfants bien-aimés. A toi de les lui amener pour qu’elle puisse les former, comme toi, à l’image de son Fils Premier-né.
    6. – Par quelle méthode arriveras-tu à nie faire connaître et aimer ?
    Il en est une infaillible : sois rempli d’un amour brûlant pour moi et pour les âmes, et tu sauras comment me prêcher.
    D’abord, qu’on te sache particulièrement dévoué à mon culte. Ne crains pas qu’on aperçoive sur toi mon rosaire ou nia médaille, ou qu’on te voie prendre part à une manifestation publique en mon honneur. Si, en même temps, tu te montres chrétien sans peur et sans reproche, ta conduite me prêchera éloquemment.
    7. – Puis, suivant les circonstances, laisse échapper quelques mots qui trahissent tes convictions et tes expériences relatives à la vie d’union avec moi. Dans la conversation intime, dans la correspondance, ne peux-tu parfois glisser une mention de mon nom ?
    Aux âmes qui pleurent, ne peux-tu montrer l’image de la consolatrice des affligés ?
    Aux âmes qui luttent pour conserver ou recouvrer leur vertu, ne peux-tu recommander le recours à celle qui, toute pure, a reçu de son Fils la mission de rendre purs tous ceux qui l’invoquent ?
    Aux âmes qui aspirent à l’intimité avec Jésus, ne peux-tu laisser deviner comment tu es arrivé toi-même à une union plus étroite avec lui ?
    Aux âmes éprises d’apostolat, ne peux-tu expliquer la mission conquérante que Dieu m’a confiée et la merveilleuse fécondité qu’elles assureront à leurs efforts si elles luttent en mon nom et sous mes ordres ?
    Et s’il t’est jamais donné de me faire connaître par la parole publique ou par la plume, empresse-toi de profiter de la grâce : ta parole portera un message de confiance, d’amour et de salut à toutes les âmes de bonne volonté qu’elle atteindra, et, par elles, peut-être à des milliers d’autres.
    « Ceux qui m’enseignent auront la vie éternelle, » et la répandront autour d’eux.

    LE FIDÈLE :
    Rendez-moi digne de vous louer, ô bienheureuse Vierge. Donnez-moi de la force contre vos ennemis !

    CHAPITRE IX : « EN VOTRE NOM, JE JETTERAI LE FILET »

    MARIE :
    Tu commences à comprendre par quels moyens tu peux exercer ton apostolat : tu es loin encore de comprendre la confiance qui doit t’animer dans cet apostolat.
    En considérant ta faiblesse et les difficultés de la tâche qui t’est confiée, tu te prends parfois à te demander ce que tu peux bien faire. – Ce que tu peux faire ? Par toi, rien. Par moi, des merveilles.
    N’est-ce pas parce que le Tout-Puissant a regardé le néant de sa servante qu’il a fait de grandes choses pour elle ? N’as-tu jamais lu que « Ceux que le monde tient pour insensés sont ceux que Dieu a choisis pour confondre les sages ; et ceux que le monde tient pour rien sont ceux que Dieu a choisis pour confondre les forts ?
    2. – Écoute et médite. Je veux t’apprendre deux vérités capables de te donner une foi invincible dans le succès de ta mission, une foi à transporter des montagnes.
    Premièrement, comprends que ton apostolat est mon apostolat, et tes intérêts, mes intérêts.
    C’est à moi, et non à toi, que Dieu a confié la mission d’écraser la tête du serpent, et d’établir dans le monde le règne de mon Fils ; tu ne fais que participer à ma mission. C’est moi le généralissime de l’armée du Christ : tu n’es que mon soldat. Ce sont mes enfants, et non les tiens, qu’il s’agit de sauver. La mère ne désire-t-elle pas incomparablement plus que l’étranger le salut de ses enfants ? te général ne souhaite-t-il pas bien plus la victoire que le soldat ? Les intérêts de Jésus ne me sont-ils pas infiniment plus chers qu’à toi ?
    Même si tu étais indifférent à ton succès, moi, certes, je ne pourrais l’être ; car ce qui est en jeu, c’est Jésus, ce sont mes enfants.
    Or, je suis toute-puissante par la toute-puissance de Dieu, et je communique cette toute-puissance à ceux qui agissent en mon nom.
    3. – En second lieu, rappelle-toi, et applique à ton apostolat, ce que Jésus t’a expliqué au sujet de la confiance illimitée que tu dois porter dans tes prières
    J’ai une intention d’amour sur chacune de tes entreprises apostoliques.
    Et cette intention dépasse toujours en perfection celle que tu peux concevoir ; car je t’aime plus que tu ne t’aimes toi-même, et j’aime plus Jésus et les âmes que tu ne peux les aimer.
    Et cette intention est toujours parfaitement réalisable.
    Et elle se réalisera infailliblement dans la mesure où tu agis en mon nom.
    Et donc, quels que soient les obstacles, tu peux toujours réussir au delà de tes prévisions pourvu que tu agisses en mon nom.
    4. – Mais pour remporter ces succès merveilleux, il ne suffit pas de travailler beaucoup : c’est en mon nom qu’il faut travailler.
    Les apôtres s’étaient fatigués à pêcher toute la nuit sans rien prendre. A peine Pierre eut-il dit à Jésus : « En votre nom, je jetterai le filet », qu’ils firent une capture miraculeuse.
    Que de fois tu t’es dépensé et ç’a été en vain ! C’est que tu ne m’avais pas dit, en commençant : « En votre nom ! »
    Travailler en mon nom, c’est travailler suivant mes intentions et dans la conscience de participer et à ma mission et à ma toute-puissance.
    5. – Offre à Jésus, par mes mains, tes prières et tes souffrances pour que mes intentions sur ton apostolat se réalisent.
    Avant de rien entreprendre, invoque-moi et vois ce que peuvent être mes intentions afin d’agir comme mon instrument.
    Commence avec pleine confiance dans le succès, parce que c’est moi qui travaille par toi.
    Veille à ne pas laisser tes vues remplacer mes vues.
    Que de fois, en commençant, tu protestes n’agir que pour moi, et bientôt tu te laisses diriger par tes tendances personnelles.
    Le succès ne t’est assuré que si tu persévères dans la disposition d’agir suivant mes intentions. Pierre, au milieu de la tempête, avait commencé par croire à Jésus qui lui commandait de venir à lui et il marcha d’abord sur les eaux. Mais ensuite il songea aux flots et à lui-même, et il s’enfonça. Bien des fois tu as commencé à faire des merveilles qui se sont terminées par des échecs : c’est que tu avais perdu la conscience d’être mon instrument.
    6. – Tu ne peux, il est vrai, constamment penser à moi. Mais tu peux rester constamment guidé par mon esprit. Tu peux atteindre à une disposition telle que, si l’on te demandait : « Au nom de qui agis-tu ? » tu pusses répondre : « Au nom de ma Mère. »
    Tu n’atteindras à cette disposition qu’après bien des efforts. Au moins renouvelle ton intention de temps en temps, et rectifie-la chaque fois que tu t’aperçois que tes vues se sont substituées aux miennes.
    7. – Après l’action, si tu as réussi, remercie Dieu.
    Si tu as échoué, examine-toi : ou tu n’as pas agi en mon nom, et alors l’échec est réel ; ou tu as essayé de te conformer à mes intentions et en t’appuyant sur moi, et alors le succès n’est que retardé, il viendra à l’heure de Dieu, un succès d’autant plus grand qu’il t’aura coûté plus d’efforts et exigé plus de confiance ; le Christ sera glorifié, ta Mère sera honorée, les âmes seront sauvées.
    Sans moi, tu ne peux réussir ; avec moi, tu ne peux échouer.

    LE FIDÈLE :
    O ma Mère, je crois en vous et en la mission que votre fils vous a confiée. Je crois qu’en m’appuyant sur vous, je serai tout-puissant. Faites-moi visiblement échouer chaque fois que j’agirai en mon nom, pour me forcer à n’agir qu’au vôtre. Alors je vous aiderai efficacement à amener des multitudes d’âmes à Jésus et je réaliserai vraiment la prière que j’aime à répéter à chaque heure du jour et chaque fois que je me réveille pendant la nuit : « Que Le Père, Le Fils et Le Saint-Esprit soient glorifiés en tous lieux par l’Immaculée Vierge Marie !  »

    TON IDEAL

    JESUS :
    Mon frère, comprends-tu le don que Je t’ai fait en te révélant le mystère de ma piété filiale envers ma Mère ? Quand je t’appelai à te donner tout à elle à mon exemple, tu ne voyais dans mon appel qu’une invitation à l’aimer un peu plus que tu ne faisais auparavant. Or, peu à peu, tu as appris qu’imiter ma piété filiale envers elle, c’est, sous sa direction, devenir un saint et un apôtre, c’est être transformé en moi, Fils de Dieu devenu Fils de Marie pour le salut du monde !

    LE FIDÈLE :
    O Jésus, mon Dieu et mon Frère !
    O Marie, Mère de Dieu et ma Mère !
    De nouveau je me donne à vous sans réserve et sans retour, mais dans une vue plus claire en vos desseins sur moi et avec une détermination plus forte de les executer quoi qu’il m’en coûte.
    O Jésus, donnez-moi d’aimer votre Mère et de la faire aimer partout de l’amour dont vous l’aimez.
    Et vous, ô Marie, obtenez-moi d’aimer Jésus et de le faire aimer de tous les hommes comme vous l’aimez vous-même !

    APPENDICE

    ACTE DE CONSÉCRATION A MARIE

    0 Marie, Vierge Immaculée, je crois que le Fils de Dieu vous a choisie pour être sa vraie Mère.
    Je crois qu’étant votre Fils, il vous a aimée et vous aime plus que toutes les autres créatures, et a pratiqué à votre égard, avec une infinie perfection, tous les devoirs de la piété filiale.
    Je crois qu’il a daigné vous associer à sa mission rédemptrice, que, selon sa volonté, nulle âme, coupable ou innocente, ne sera sanctifiée et sauvée que par votre entremise, et n’arrivera à lui si ce n’est par vous.
    Je crois qu’étant sa Mère, vous êtes aussi ma Mère : car, en le concevant à Nazareth, vous m’avez conçu avec lui ; en le sacrifiant sur le Calvaire, vous m’avez enfanté à la vie ; associée à lui dans la distribution de toutes les grâces, vous continuez à me nourrir et à m’élever comme un autre Jésus.
    Je crois que son désir est de me voir imiter son exemple, et de m’efforcer d’être, à votre égard, selon mon pouvoir, ce que lui-même a été et est toujours pour vous.
    Voici que je me donne et me consacre à vous pour être votre enfant comme Jésus a voulu être votre Fils.
    Je vous donne mon corps et mon âme, tout ce que j’ai, tout ce que je suis, tout ce que je fais et puis faire.
    Je me donne sans réserve et sans retour, pour le temps et pour l’éternité, et je renonce au droit de jamais rétracter cette donation.
    Je me donne pour que vous puissiez disposer de moi à votre gré, ré, exiger tous les dévouements, m’imposer tous les sacrifices, ceux que je prévois et ceux que je ne puis prévoir, ceux qui me seront doux et ceux contre lesquels ma nature se révoltera : je ne crains rien, je sais à qui je nie donne.
    Je veux, à l’exemple de votre Fils, vous aimer de toutes les puissances de mon être, je veux vous honorer, vous obéir, vous imiter, me confier à vous, vous être constamment uni, reproduire, avec toute la perfection en mon pouvoir, toutes les dispositions de sa piété filiale, et devenir, sous votre direction, un autre Jésus pour vous.
    Je veux, en particulier, vous assister dans votre mission providentielle. Je veux être votre apôtre, votre soldat, dans la lutte contre Satan. Je veux combattre en votre nom pour lui arracher les âmes de vos enfants. Je veux lutter pour la gloire de votre nom, vous faire connaître, aimer et servir, convaincu que, vous révéler aux hommes, c’est le plus efficace des moyens de leur révéler Jésus.
    Je ne suis qu’un pauvre pécheur, vous le savez, tout rempli de défauts, faible et inconstant plus que je ne puis concevoir. Mais je me confie en vous. Ce n’est pas en mon nom que je travaillerai. Je serai tout-puissant parce que vous êtes toute-puissante de la toute-puissance de votre Fils, que mes intérêts sont vos intérêts, ma cause votre cause. Je combattrai sous vos ordres, et vous donnerez la victoire.
    0 Marie, Mère de Jésus et ma Mère, pour la gloire de la Très Sainte Trinité, pour votre honneur et pour le salut de mon âme et des âmes, acceptez l’offrande que je vous fais de tout moi-même et obtenez-moi la grâce d’y être fidèle jusqu’à la fin de mes jours. Ainsi soit-il !

    ACTE DU CONSÉCRATION ABRÉGÉ

    0 Marie, Mère de Jésus et ma Mère, je me donne tout à vous afin d’imiter le plus parfaitement possible la piété filiale de votre divin Fils et de lutter sous vos ordres pour la conquête des âmes. Ainsi soit-il !

    ACTE DE CONSÉCRATION COLLECTIF

    Souveraine du ciel et de la terre, au pied de votre trône où le respect et l’amour ont enchaîné nos cœurs, nous vous offrons nos hommages de service et de louange, nous nous consacrons à votre culte, nous embrassons avec transport un état où l’on ne fait rien que sous vos auspices, où l’on s’engage à vous louer, à vous servir, à publier vos grandeurs et à défendre votre Immaculée Conception. Puisse notre zèle pour l’honneur de votre culte et les intérêts de votre gloire, vous venger des attentats de l’hérésie, des outrages de l’incrédulité, de l’indifférence et de l’oubli de la plupart des hommes !
    Mère du Rédempteur, dispensatrice de toutes les grâces, étendez l’empire de la religion dans les âmes ; bannissez l’erreur, conservez et augmentez la foi dans cet État, protégez l’innocence, préservez-la des écueils du monde, des faux attraits du péché ; et, sensible à nos besoins, favorable à vox vœux, obtenez-nous la charité qui anime les justes, les vertus qui les sanctifient et la gloire qui les couronne. Ainsi soit-il ! 1

    PRIÈRE DE TROIS HEURES

    0 divin Jésus, nous nous transportons en esprit sur la montagne du Calvaire, pour vous demander pardon de nos péchés qui sont la cause de votre mort.
    Nous vous remercions d’avoir pensé à nous en ce moment solennel, et de nous avoir donnés pour fils à votre propre Mère.
    Vierge sainte, montrez-vous notre Mère en nous prenant sous votre spéciale protection.
    Saint Jean, soyez notre patron et notre modèle, et obtenez-nous la grâce d’imiter votre piété filiale envers Marie, notre Mère.
    Ainsi soit-il !
    Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient glorifiés en tout lieu par l’Immaculée Vierge Marie !

    1. La formule de cet acte de consécration est au pluriel parce qu’il se récite en union avec tous les chrétiens répandus à travers le inonde qui se sont engagés spécialement au service de Marie d’après l’esprit du P. Chaminade : religieux et religieuses marianistes, avec leurs Congréganistes et leurs affiliés. Il en est de même de la prière suivante.

    PRIÈRE A JÉSUS POUR LUI DEMANDER SA PIÉTÉ FILIALE ENVERS MARIE

    0 bon Jésus, par l’amour dont vous aimez votre Mère, donnez-moi, je vous prie, de l’aimer vraiment, comme vraiment vous l’aimez et voulez qu’on l’aime !
    0 bone Jesu, rogo te, per dilectionem qua diligis matrem tuam, ut, sicut eam vere diligis et diligi vis, ita mihi des ut vere eam diligam.

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    Posté le 10 mar 2008 | |

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